Le défi du samedi

Tous les samedis, un nouveau défi!

07 novembre 2009

Welcome to reality, Marie! (Val)

Marie, après un long hiver, avait un jour trouvé refuge au pays des illusions. C’était doux. Et elle y était bien. Au pays des illusions, c’était toujours le printemps. Il y faisait bon. Au pays des illusions, on ne devenait jamais adulte. Toujours le printemps! Marie y aurait toujours dix ans. Le pays des illusions, c’est des chagrins qui s’en vont. Marie le savait bien. Elle remerciait chaque jour cet heureux hasard qui lui avait offert cette prison dorée.

Marie savait plus ou moins comment sortir du pays des illusions. Tout au bout du pays des illusions, il y avait une porte, que personne n’avait jamais osé emprunter. Elle avait entendu mille versions, les unes plus noires que les autres, sur ce qui se trouvait derrière cette porte. Certains disaient que derrière la porte, il y avait l’hiver. D’autres pensaient que derrière la porte, c’était le monde des adultes, ou alors celui de la réalité, ce qui revenait au même...

Marie était parfois tentée par cette porte que personne n’osait même regarder. Elle était curieuse, un peu attirée par cette réalité des adultes que dans les romans, on décrivait belle. Un jour, Marie voulut ouvrir la porte. Elle hésita, mais le vieux hibou qui parle anglais la rassura, lui assurant que si jamais elle était trop déçue par ce qu’elle trouverait derrière la porte, elle pourrait toujours faire demi tour, et retrouver les polochons pour champ de bataille et autres amis du monde des illusions.

Marie  se dit un matin : « Les lutins doivent dormir , c’est le moment, allons voir! ». Et elle ouvrit la porte. Derrière la porte, c’était l’hiver. Derrière la porte, c’était le monde des adultes. C’était la réalité brute et cruelle. Le hibou avait menti. Elle voulut faire demi tour mais la porte ne s’ouvrait que dans un sens. On ne pouvait jamais faire marche arrière.

***

Marie vit là, maintenant. Le pays des illusions est loin.
Ici, c’est la réalité. Marie a froid. Marie a cent ans. Ici, les lettres viennent mourir dans la neige. Ici, il n’y a même pas de bonbons pour la mémoire. Marie oubliera les illusions.

Marie ne sait pas comment on se protège.
Marie est morte.
Marie, sous les rêves, il y a parfois des pièges.

Pourquoi la vie, ça s'arrête ?
Est-ce que l'amour, ça se prête ?
Est-ce que la Terre tourne bien ronde ?
Les cadeaux , dis, c'est pour tout le monde ?


On dit souvent que
Le hasard fait bien les choses
« On » se rassure

Comme il peut…

Posté par valecrit à 00:01 - Val - Commentaires [23] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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Commentaires

m'enfin !

mais c'est tout triste, ça !
le monde des adultes, froid et déprimant à ce point ?!
Ben pas ici toujours... t'as vu comme on s'amuse ? des vrais gamins...

(Marie me fait penser à ma grand-mère, perdue elle aussi au pays des illusions...)

Posté par poupoune, 07 novembre 2009 à 00:24

C'est une lecture qui m'est douloureuse. Je ne reconnais pas l'auteur des lignes enlacées mais je les trouve si étroitement enchâssées que sans les lettres italiques je ne les aurais pas identifiées.

L'image de la petite fille qui se heurte à la porte que se referme est très prégnante. Et ce titre rempli d'ironie mordante !

J'aime beaucoup ce texte, Valérie, beaucoup !

Posté par Papistache, 07 novembre 2009 à 10:43

BEAU ET TRISTE

Posté par laura, 07 novembre 2009 à 10:55

Triste, mais si vrai et, bien sûr, inévitable. Dans mon discours de prise de retraite j'ai dit :
[...Je parlais de renoncements. Il en est un que nous avons tous connu, à moins qu'il ne se trouve un bienheureux parmi nous, je veux parler de l'enfance. Enfance hors de laquelle des adultes qui avaient oublié la leur, nous ont poussés. Vous vous rappelez certainement : " A quoi rêves-tu?"... "Cesse de rêver"...
Ils ne savaient plus qu'arrêter de rêver c'est arrêter de vivre, et croyant nous amener à la vraie vie, nous proposaient un autre rêve, celui de l'opulence, de la réussite, du sérieux, du réalisme, le rêve américain :...]
Mais tu le dis bien mieux que moi. Je t'embrasse pour la peine !

Posté par Walrus, 07 novembre 2009 à 10:57

"Sous les rêves il y a parfois des pièges" ... Je reste coite après cette lecture !!! Pauvre petite Marie perdue au pays de la réalité ! Il fait si bon rêver ! Vraiment tu t'es servie de cette porte d'une manière exemplaire ! Quelle belle écriture !
J'aime beaucoup ce que dit Walrus dans son commentaire.

Posté par MAP, 07 novembre 2009 à 12:21

Oui, c'est triste Poupoune, mais aussi on ne peut pas toujours écrire que des choses joyeuses, on ne vit pas chez les bisounours.
Ici, oui, mais ici c'est la quatrième dimension, un peu.

Papistache, Google répond à tout ce qu'on ne connait pas.

Laura, ça me fera toujours un peu bizarre que ces deux adjectifs puissent se marier. ça devrait pas.

Alors quoi Walrus? Ne pas faire d'enfants? Ou les prévenir pour qu'ils se tuent avant de grandir?
Oui, embrasse-moi, c'est la meilleure réponse.

Merci, MAP, c'est gentil. Ton commentaire me rappelle une (autre) chanson que j'aime beaucoup, qui s'appelle "feuille blanche", et qui explique en gros comment la solitude et la destruction font ressortir les mots les plus beaux lorsque l'on écrit. Paradoxal, oui, et pourtant je l'ai souvent éprouvé.

Posté par valerie, 07 novembre 2009 à 12:43

Oui, c'est dur de grandir...
Dur de devoir se rendre compte qu'il y a souvent loin du rêve à la réalité..
Pourtant, Je suis Walrus : les rêves sont indispensables à la vie..
Reste à trouver le juste milieu !

Il est beau, ce texte, Valérie !

Posté par teb, 07 novembre 2009 à 12:51

Le texte se marie vraiment bien aux phrases en italique (moi non plus je n'ai pas reconnu!)C'est très beau.

Posté par Anthom, 07 novembre 2009 à 12:52

Marie a tout pris...

...dans la poire
dans cette histoire où l'on passe du kitsch au noir.

Posté par tiniak, 07 novembre 2009 à 13:06

Tiens, c'est drôle, Val, je n'aurais pas forcément misé sur ce chanteur...

Posté par Virgibri, 07 novembre 2009 à 13:28

Je trouve rare l'enfant qui n'est pas pressé pour grandir.

Bien sûr que je pense à « Marilou dort sous la neige » de Gainsbourg, parce que je viens d'écouter la bande sonore du texte par Tiniak.

M'est avis qu'il devrait enregistrer ton texte aussi.

J'aimerais bien t'entendre lire, toi aussi.

Il va de soi, mais je le mettrai quand même : bravo.

Posté par joye, 07 novembre 2009 à 14:11

L'histoire est rondement bien menée.
Mais il ne fait pas si froid que ça dans mon monde des adultes! :-)
En tout cas, bravo!

Posté par Borsolina, 07 novembre 2009 à 14:35

Teb, comment ça tu es Walrus?
Oui, c'est dur. La vie, ça ne devrait pas être ça.


Merci, Anthom. Je ne sais plus trop si j'ai choisi la chanson avant, ou bien si le texte m'est venu et que je l'ai trouvée en fonction.

"Marie à tous prix", c'est le titre d'un film, ça, Tiniak. Non?

Virgibri, tu aurais misé sur qui? Delerm, Bénabar? Calogéro? Ronan Luce? Tu aurais eu raison, mais parfois aussi je pioche un peu partout. Pourquoi pas? Tu vois, par exemple, moi, Beigbeder, j'aime le lire. Peut-être que ça fait pas très "in", mais je l'aime et je ne vais pas le cacher.

Les enfants sont pressés de grandir Joye, c'est vrai, mais ils le regrettent ensuite pour certains; je ne connais pas cette chanson de Gainsbourg. Je sature un peu, on m'a trop de fois chanté "Elisa, Elisa...".
Merci.

Alors, Borsolina, ton monde est beau, et c'est heureux.

Posté par valerie, 07 novembre 2009 à 16:04

Normal que tu ne le connaisses pas, Val, c'est d'un album qui est sorti avant ta naissance. ;-)

La voici :

http://www.youtube.com/watch?v=aGnkIKn6UPw

Posté par joye, 07 novembre 2009 à 16:12

Ma remarque n'avait rien de pédant, Val.
Et tu es "in" en lisant Beigbeder, au fait. C'est moi qui ne le suis pas en le critiquant.

Posté par Virgibri, 07 novembre 2009 à 16:28

Merci, Joye. Ah, si Noir Désir avait pu reprendre tout ce qui est sorti avant ma naissance, je serais moins ignare.

Virgibri, hum, comment savoir? On ne saura pas. Es-tu de ceux qui préfèrent Trouville à Deauville? Ou l'inverse? Et Deauville, n'est-ce pas décevant, sans Trintignant?
Je n'ai pas trouvé la remarque pédante, mais ça m'a fait sourire que tu sois surprise de ce choix.

Posté par valerie, 07 novembre 2009 à 16:49

J'aime la mer, ce qui n'est déjà pas mal.

Posté par Virgibri, 07 novembre 2009 à 16:53

Fallait pas écouter le hibou ! Les oiseaux sont des cons ! Tout ce qu'ils veulent c'est qu'on ouvre la cage pour s'en échapper et nous enfermer dedans ! ;-)

Tu nous offres un très beau texte, très philosophique. J'aime beaucoup.

Posté par Joe Krapov, 07 novembre 2009 à 19:36

Ben au moins sur la mer on est d'accord, Virgibri.

Joe, il ne faudrait jamais écouter personne. Ah, si on savait tout.
Merci, c'est gentil.

Posté par valerie, 07 novembre 2009 à 20:25

Gloups. Difficile de commenter ce texte tant il est bouleversant.

Posté par Jo Centrifuge, 08 novembre 2009 à 18:55

Si l'hibou cause anglais, elle n'a pas compris. Normal qu'elle se soit fourvoyée.

Posté par phil, 08 novembre 2009 à 20:35

Ecrire, c'est garder une porte ouverte vers le pays des illusions... Marie n'a pas su, mais Valérie, oui ! :-) Tes phrases sont tissées avec naturel.

Posté par captaine lili, 09 novembre 2009 à 10:54

Une espèce d'oxymore; je n'aime pas par contre : triste mais beau...

Posté par laura, 09 novembre 2009 à 14:01

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