L’orage gronde au loin.

Tout à l’heure quand il était au dessus de la maison, il a brisé violemment quelques cumulus et a bruyamment vomi ses trombes d’eau claires sur le jardin.

Je n’ai rien vu de tout ça, j’ai juste entendu son fracas qui m’a sortie de mes rêves nocturnes.

Emmitouflée dans la couette chaude et douce, j’ai assisté à ce concert de la nature. Ses envolées lyriques, ses solos de caisses claires, suivis de roulements de tambour et timbales gigantesques, son chuintement de la pluie qui devient martèlement féroce sur toutes les surfaces dures de la maison m’ont fait imaginer le spectacle du dehors : branches ployées et secouées, cassées peut-être, ruisseaux et petites cascades qui strient et griffent le jardin, torrent sur la route, terrasse inondée… Les yeux écarquillés dans le noir, j’ai guetté la lueur de l’éclair qui file entre les volets et qui annonce inexorablement le fracas du tonnerre. A chaque fois qu’ il s’est fait entendre une légère crispation de tous mes muscles  a traduit ce reste de crainte enfantine de l’orage que je garde au fond de moi. Je suis pourtant bien, là, dans mon lit douillet alors que le ciel s’écroule au dehors.

Maintenant le calme est revenu, la rumeur du monstre grogne encore mais il a sauté les collines et il craque et rugit en sourdine désormais. Au dehors j’entends les derniers nuages qui s’essorent et puis la pluie s’arrête. La nuit redevient profonde et douce, la maison et le jardin s’égoutte et la chanson de l’eau tintinnabule une toute autre musique :

Dip,dip dip, dip …. Le coin du toit goutte sans doute sur le plat froid des dalles de la terrasse.

Lod, lod, lod …. De grosse perles d’eau tombant du grand cyprès doivent plonger dans la citerne débordante en formant de belles bulles qui glissent à la surface.

Oc, oc, oc, … oc, oc, oc, oc….. A coup sûr, à la moindre saute de l’air, les branches du murier pleurent sur la table en fer qu’elles abritent du soleil de l’été d’habitude.

Ussssssss, ussssssssss, le vent, qui a chassé l’orage au loin, chante encore dans les feuilles du laurier rose en les frottant les unes contre les autres.

Cette petite mélodie me berce et me replonge doucement dans mon sommeil.

Demain le ciel sera clair comme du cristal, la nuit aura lavé la nature, et le jardin sentira la terre mouillée…