La chambre est noire, maman vient d’éteindre la lumière après m’avoir souhaité bonne nuit, puis elle est sortie et a fermé la porte. Je n’ai pas vraiment sommeil, je suis juste consciente que c’est l’heure d’être au lit, mais mes yeux n’ont pas envie de se fermer tout de suite, ils s’habituent doucement à l’obscurité et petit à petit retrouvent leur faculté de discernement .Je m’empresse d’aller rouvrir le double rideau que l’on vient de tirer sur la fenêtre, ainsi je sais qu’il va se passer des tas de choses sur le mur clair qui fait face à mon lit… J’attends. J’aime ce moment.

Alors commence le défilé, l’un après l’autre de grands animaux fantastiques et lumineux viennent me saluer, certains sont pressés et passent en galopant sans un signe pour moi, mais  d’autres trainent un peu plus, agitent leurs bras ou leur tête pour me faire rire ou me faire peur avant de disparaître. Certains même s’arrêtent, semblant eux aussi m’observer au creux de mes draps de leurs gros yeux globuleux.

Ils vont tous dans le même sens : ils arrivent de la gauche parcourent tout le mur de façon rectiligne plus ou moins vite selon leur caractère et s’évanouissent en un éclair.

Je les suis du regard, les observe, attend un signe d’eux, écoute leur voix. Ils ont tous une voix différente. Certains crient, d’autres ronronnent, d’autres toussent ou pètent bruyamment, d’autres encore grondent ou simplement soupirent fort.

Je les guette tant que mes yeux arrivent à rester ouverts, je sais que demain matin ils ne seront plus là, et qu’il faudra attendre la nuit pour qu’ils se montrent de nouveau.

La plupart du temps ils sont jaunes mais j’en vois quelquefois des bleus qui clignotent en chantant sur deux notes qui changent de tonalité au fur et à mesure qu’ils avancent sur le mur. Quelquefois je chante avec eux, mais pas trop fort sinon maman revient et me demande si c’est une heure pour chanter toute seule… 

Moi je sais que je ne suis pas seule, mais maman ne me croit pas , elle pense que je n’arrive pas à dormir à cause du trafic des voitures sur l’avenue qui passe au bas de l’immeuble. Elle dit souvent qu’il faudrait bien autre chose que ces gros platanes qui nous séparent de la voie pour atténuer ces nuisances sonores et que je puisse m’endormir en paix…