Ma libération, ma perte,

Tes mots sembleront rares et légers. À la place, j’apprendrai la saveur de ta bouche et la force de tes mains accrochées. Nous nous engouffrerons dans une voiture, pressés de nous réfugier à l’hôtel. Mes doigts se perdront dans tes cheveux, mes lèvres masqueront tes yeux, pour qu’ils se tournent vers l’intérieur, pour mieux voir, tout voir, nous voir.

Les premiers vêtements auront été enlevés. Dans nos gestes, se glissera autre chose que la fatigue ou l’angoisse, des pépites d’urgence. Tu auras deviné déjà par le toucher, par la hardiesse de tes paumes, que mon corps est atteint dans son orgueil et sa limite. Tu t’en moqueras, tu ondoieras, tu donneras, tu t’offriras. Tes seins jailliront sur moi, gorgés de miel. Tes doigts agiles courront sur mon épiderme, ils danseront, ils chanteront. Sans avoir signifié à nos ventres notre accord, nous serons culbutés par la vague. Il n’y aura pas de fuite possible autre que de couler, dans un silence troublé par nos seuls soupirs et les brutales envies de nos enlacements.

Sans qu’on s’en rende compte, la nuit aura enseveli les bruits de la rue dans son manteau. La tendresse remplacera la fougue, la douceur apaisera le feu. Ne rien regretter de ce qui arrive. Repartir dans les sueurs et les souffles qui se cherchent, se trouvent. Développement touffu puis réexposition, limpide, en majeur.

Cinq heures, ou presque, l’heure bleue, entre obscurité volée et jour à conquérir, tu t’accouderas à la fenêtre. Tu voudras l’instant, femme, folle. Nuit avalée, matin englouti dans notre désir, dernier soubresaut d’ardeur complice. Pas de serment, pas de promesse, pas de trahison; juste l’immense et soudaine étendue de notre amour.