"Marylin..."
"Comment Chef?"
"Je disais Marylin... mon p'tit Mangin, on dirait le corps de Marylin, là! le cumulus à droite, tout rose et sinueux"
Minute de silence... on n'entendit même pas le "pou pou pi dou" dans la tête du Chef.
Mangin rompit le charme, il n'avait pas son pareil pour faire ça:
"Chef, je dirais plutôt madame Poitevin, celle du 3ième à la compta"
"Pff! Mangin, je vous conjure de ne pas parler boulot ici! 8200 kilomètres, ça devrait vous permettre de déconnecter, non?  Et puis Poitevin a des fesses beaucoup plus larges, croyez-moi"
Il se retint d'ajouter que c'était son métier de bien connaitre ses employés.
Minute de silence... nécessaire à Mangin pour un savant calcul comparatif des volumes fessiers, Monroe contre Poitevin.
"Je sais pas Chef, en tout cas le p'tit nuage tout rond à gauche, c'est la tête de Francine tout craché!"
"P..... Mangin! je ne sais pas c'qui m'retient de vous refoutre dans le prochain avion, et je vous interdit de faire la plus p'tite allusion à Francine; songez qu'à cet instant, ma plus proche collaboratrice tient les rènes de la société avec brio et ne souffrirait None of your bloody comments, Understand?" Il switchait toujours en anglais dans ces cas-là!

Mangin se retourne sur la natte, mi-vexé mi-cuit pour faire rissoler sa face jusqu'alors cachée; ça cogne dur aux Maldives et toutes ces questions qu'il n'ose pas poser lui échauffent la tête.
A cet instant, quelle heure est-il à Arpajon?
Qui c'est ce Brio qui se permet de tenir les rênes avec Francine en absence du Chef?
Et si ce Brio était un espion de la concurrence, sournoisement introduit au sein de la société comme un ver immonde et malfaisant?
Et cet énorme trou dans les comptes, qu'il a découvert juste avant de partir?
Mais puisque le Chef l'exigeait, il ne parlerait pas de tout ça; non, juste profiter de l'instant, de la chaude caresse du soleil et d'une Marylin éclatante sur le ciel d'un bleu indescriptible.
Mangin lorgne vers son chef, assoupi sur sa natte et déjà bien cuit côté face.
Il n'a pas son pareil pour détendre l'atmosphère: "Vous avez une sacrée zigounette, Chef!"
"Humm?"
"Euh! Chef, je disais que vous avez un sacré cumulus erectus"
"Hein?"
"Non, rien Chef... je m'demandais si on aurait encore du poisson pour le diner?"

Minute de silence... Mangin ne pouvait s'empêcher de penser à tout ce qu'on lui avait confisqué en débarquant, son whisky et surtout sa collection de Play-boy. Il se demandait si le Chef ne pourrait pas user de son influence et des ses formidables qualités de négociateur pour récupérer son bien.
Il se promit d'en parler au dîner; il amènerait le sujet discrètement, après le deuxième cocktail, et il jurerait de ne rien dire à propos de Francine et de Brio...
Visiblement au top de sa cuisson, le chef se retourna à son tour "Si vous alliez nous chercher deux cocktails, mon p'tit Mangin?"
Il avait toujours adoré qu'il l'appelle son p'tit Mangin, surtout devant les autres, les jaloux, ceux qu'on emmenera jamais aux séminaires en Asie.
Comme Mangin se dirigeait vers le bar, un employé de la réception lui fit un grand signe de la main... si c'était une bonne nouvelle de l'aéroport au sujet de ses objets confisqués?
C'était un message pour le Chef; après tout le p'tit Mangin pouvait bien en prendre connaissance; une cure de soleil aux Maldives ça créée des liens.
Il vérifia bien que le Chef n'avait pas bougé sur sa natte et, s'abritant derrière un énorme éléphant en albâtre, il ouvrit l'enveloppe...