18 juin 2009

MAP offre sa tournée. Ne manque plus qu'une pièce pour voir le patchwork en entier

17juin

Où en sommes-nous ?

Joye, Papistache, Walrus, Moon, Poupoune, PHIL, Vegas sur sarthe, Tilleul, Brigou, Akel, Virgibri, Joe Krapov, Zigmund, MAP, Joye (jeu), Tiphaine, Stipe, Caro_Carito

Posté par Old_Papistache à 17:02 - Commentaires [8] - Permalien [#]


Attaquer là où le bât blesse... (Caro_Carito)

Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. Il dormait à côté de moi, ses longs cheveux blonds emmêlés. Je savais que si je remuais d’un millimètre, son corps brûlant se collerait à moi. Je m’étais maquée avec lui parce que c’était un aventurier, le gars qui fait le tour du monde à vélo, escalade un versant schizoïde de l’Annapurna et affronte les vagues d’Hawaï pour se déstresser. Après une soirée chez Véro, éclairés par la vodka blanche et quelques passes épicées, nous nous étions promis une balade jusqu’au-boutiste à travers l’Europe jusqu’à flirter avec les nations Baltes, la Macédoine et qui sait la Russie. Illico, j’avais mentalement préparé un bagage léger et décidé de ne pas ouvrir le moindre guide pour goûter à des horizons vierges de toute pensée.

Hier matin, il est arrivé au volant d’un vieux fourgon. Matelas à l’arrière, réchaud, mini frigo. Il y avait même des panneaux en papier de soie ornés de quelques calligrammes. Un trip feng shui. Et un abat-jour festonné. Quand il m’a proposé de faire un tour pour m’essayer à la conduite de l’engin, il ne me fallut qu’une seconde pour deviner que le plan terres dénudées était mal barré. Il avait soigneusement attaché ses mèches oxydées par le large en un catogan impeccable. Son T-Shirt noir n’était même pas froissé. Je respirais un bon coup en allumant l’embrayage. La voiture ne toussota même pas et réagit au quart de tour. Je me sentais mal. Vu sa mine tendu alors que j’enclenchais la première, les dents serrées par le mal au cœur, je lui donnais deux ans à peine avant une visite mensuelle chez le coiffeur, une amorce de cravate et un monospace diesel. Il ne pipa mot alors que je roulais quelques dizaines de mètres en oubliant sciemment le frein à main. Qu'importe, j’avais perçu la tension qui le vrillait, corps et esprit,  sur son siège parsemé de boules massantes.

Patience. Hier, j’ai repéré un plot opportunément masqué par un platane qui s’encastrerait à merveille contre le pare-choc avant droit. Ajouté à une ou deux rainures et quelques rires intempestifs pendant nos séances de bête à deux dos et je devrais en être débarrassée avant la fin de la semaine.

Juste à temps pour profiter des dégriffés solo de dernière minute de lastroutardvoyage.com.

Posté par Walrus à 17:01 - - Commentaires [22] - Permalien [#]
Tags :

Consigne 65 (Stipe)

Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage. Faut dire aussi que présenté comme ça l'était, je ne me suis pas vraiment posé la réponse.

Ils m'ont proposé la chaise électrique ou ça. Encore, ils m'auraient proposé le fauteuil capitonné électrique, je dis pas que j'aurais pas poussé un peu la réflexion. Mais là non, on est mal assis, on vous fout un chapeau ridicule puis on vous regarde vomir la cervelle par les oreilles. J'ai donc opté pour le choix n°2, cobaye d'une expérience dont la teneur ne me serait révélée que plus tard. Une fois que j'aurais fait ce choix, par exemple…

 

Bon, je sentais bien se profiler l'entourloupe et je me doutais qu'on n'allait pas me demander d'aller regarder péter les poulpes ni de tester si le noir est soluble dans le ricard. Vu que je ne suis pas noir.

On m'a expliqué que je serai le premier à fouler le sol d'une planète hyper éloignée. Ah par exemple, rien que ça !

On a pris mes mesures et sur elles on m'a confectionné une combinaison en peau de titane. Avec un chapeau ridicule. Puis on m'a expliqué que d'après des analyses réalisées en soufflerie sur Wikipedia, cette planète semblait présenter des conditions de mort proche de la nôtre.

 

J'ai suivi un entraînement bidon pendant au moins plusieurs minutes puis le réveil a sonné mon glas.

Ils m'ont enfilé la combi de trucnaute, m'ont vissé le casque sur la tête tout en m'expliquant enfin ma mission, vu que toutefois je l'avais acceptée.

Je devais me poser sur la planète, faire quelques photos souvenirs, prélever des échantillons du parterre et me barrer. Ils m'ont avoué qu'ils n'étaient pas sûrs que ma fusée soit capable d'assurer les quelques siècles-lumière que compte l'aller-retour. Puis ils m'ont chanté l'hymne et m'ont conduit à mon véhicule.

 

Dès le début du voyage, j'ai déconnecté tout ce qui était susceptible de me donner la notion du temps. J'ai aussi débranché la radio qui m'assurait le contact avec la base.

J'ai dormi des tonnes de fois. Je serais bien incapable de dire combien de temps a duré le voyage, mais au bout de la dernière nuit j'ai commencé à apercevoir la planète par le hublot. Ils avaient été sympas de ne pas me prendre une place côté couloir.

 

Je me suis posé quelque part. J'ai ouvert la portière de ma fusée et ai posé le pied au sol. Dans une merde. Un petit pas pour l'homme, un grand pas d'au moins un mètre.

Le temps que je m'essuie la chaussure et que je prélève quelques photos du sol, et on m'avait piqué la fusée.

Puis un bonhomme en bleu s'approcha de moi et me demanda de lui présenter mes papiers.

 

J'avais donc pris double perpète, j'étais condamné à vie et ma sentence était sans rappel : j'allais passer le restant de ma mort à vivre sur Terre.

Posté par Walrus à 17:01 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
Tags :

109 (Tiphaine)

Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage.
J’ai tendu la main. Elle était trop courte.
Et puis y’avait ces putains de barreaux…
J’aurais voulu me rendormir, mais c’était trop tard.
Dans le lit à côté, ça bougeait déjà.
Elle s’est levée la première et a éteint le réveil d’un geste nerveux. Elle s’est dirigée vers une pièce, je crois me souvenir que c’est la cuisine. J’ai entendu le café couler.
Par l’odeur alléché, il a suivi peu de temps plus tard.
J’ai voulu me redresser. Je n’ai pas réussi.
Derrière la fenêtre, le jour s’était levé.
Un de ses rayons jouait au hochet avec mon pied.
Le papier peint orange, le couvre-lit en fausse fourrure rouge, le portrait de mémé dans un cadre en perles, tout y était…
J’ai gueulé : « Bordel de merde ! J’ai faim moi aussi ! ». Mais le truc qui est sorti de ma bouche ne ressemblait pas du tout à ça. On aurait dit un clébard à l’agonie, ou une truie qu’on égorge.
Elle est arrivée. Elle m’a regardé avec un de ces sourires ! Genre Dieu : c’était moi.
Sauf que c’était juste moi.
Après, elle a ouvert la bouche, et là j’ai compris.
Elle me prenait pour un débile, pas pour un Dieu.
Il a crié de la cuisine : « Tu le prépares, faut que j’y aille bientôt, j’suis déjà en retard ! ».
Elle m’a préparé, vite fait bien fait, une experte. Ficelé en moins de deux, je risquais pas de m’échapper.
Il m’a mis dans un panier en osier, du coup je me suis demandé s’il avait pas dans l’idée de me confier au fleuve, on sait jamais, j’avais très bien pu tomber chez des mystiques ou des barjots avec la chance que j’ai…
On est monté dans sa caisse, je l’ai entendu qui disait, pour lui je crois parce que pour ce que j’en ai foutre : « on passe à la librairie, j’ai commandé des bouquins, j’en ai pas pour long ».
Il s’est garé n’importe comment, il m’a fait un signe rapide et il a disparu de mon champ de vision. Vingt minutes plus tard, il déposait son butin sur le siège arrière, juste à côté de moi.
J’ai regardé, intrigué. Qu’est-ce qu’il pouvait bien  lire, lui ?
C’est là que je suis tombé sur le bouquin de l’autre Loulou de la toile, je m’en souvenais bien, il en avait parlé deux jours avant. « La grande anthologie de la science-fiction : Histoires d’extraterrestres - Le livre de poche- N° 3763 ». Oui, je me souvenais très bien, j’ai la mémoire des chiffres. « Pages 109 à 123 » qu’il avait dit. J’ai vérifié. Il mentait pas. Une histoire de serpent, encore. Toujours des histoires de serpents, le monde change pas.
Même à rebours.
C’est toujours le même monde.
Il m’a déposé chez une femme qu’avait l’air de me prendre elle aussi pour un débile profond.
C’est une manie chez ces gens, elle m’a foutu derrière des barreaux. Je sais pas combien de temps ça a duré exactement, mais qu’est-ce que je me suis emmerdé…  A un moment, elle m’a apporté une sorte de bouillie dans une écuelle. A gerber… D’ailleurs, j’ai gerbé, rien que pour la faire chier. Elle a épongé en soupirant, puis elle est retournée asseoir son cul devant la télé.
Il est revenu tard, avec la gueule de celui qu’a bossé dans un bureau toute la journée et qu’a pas dû s’amuser. Il m’a remis dans le panier et on a tracé jusqu’à l’appart. Il disait rien. Moi,  j’essayais même plus. A chaque fois que j’avais tenté d’amorcer le dialogue avec la mégère à la gamelle, elle m’avait enfoncé un truc dans la gueule pour me faire taire. Forcément, ça calme…
Je pensais qu’à une chose : me barrer en vitesse de là… Et je voyais vraiment pas comment j’allais faire… Ils m’ont aussitôt recasé derrière les barreaux et ils m’ont souhaité bonne nuit. Comme les poules…
Même pas, faisait encore jour.
Je les ai entendus qui causaient dans la cuisine. Il se demandait où était le bouquin. Elle disait qu’il avait dû l’oublier au travail. Vu qu’ils me prenaient pour un attardé, y’avait peu de risques qu’ils viennent le chercher dans cette foutue cage…
J’ai ouvert à la page 109 et j’ai pensé « sang neuf », aussitôt.
C’est ce qu’il m’avait promis cet abruti, ce vendeur de miracle.
« Essayez mon cher monsieur, vous ne serez pas déçu du voyage ! ».
Oh, il ne perd rien pour attendre…
Dans quelques mois, je saurai marcher.
Dans quelques années, je saurai parler.
Je sais que je prendrai option Karaté au Bac.
Je sais que je finirai bien par le retrouver.
Plus que 35 ans à attendre.
Et l’autre con avec sa tronche de cake et ses allures de médecin de mes fesses, il le sentira passer son voyage vers l’enfance…

Posté par Walrus à 17:01 - - Commentaires [20] - Permalien [#]
Tags :