15 juin 2009

MAP offre sa tournée, mais qu'a-t-elle mis dans nos verres ?

15juin

Où en sommes-nous ?

Joye, Papistache, Walrus, Moon, Poupoune, PHIL, Vegas sur sarthe

Posté par Old_Papistache à 17:02 - Commentaires [24] - Permalien [#]


Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage (Vegas sur sarthe)

Au delà des nuages, à bord du grand oiseau
moment de féérie mais plaisir solitaire
l'éclat du soleil mélange ciel et terre
le nouveau monde est là  mais sans toi c'est moins beau

réveil
en décalé, que fais-tu à cette heure
a force de compter le temps parait si long
sonné mon téléphone? j'ai rêvé pour de bon
j'ai hâte d'appeler Mona, mon petit coeur

regretté de n'avoir pas assez insisté
d'avoir à délaisser notre nid pour un temps
accepté pour mes fils et mes petits enfants
ce périple sans toi qui va tant me manquer

voyage qu'on fera toi et moi, promets-le

Posté par Walrus à 17:01 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
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Le canal du centre (Phil)

Lucie est venue me chercher hier et nous sommes rentrés à la maison. Je suis heureux de me retrouver chez moi, même si je sais que plus rien ne sera comme avant.

 

Ce matin, je me suis réveillé de bonne heure. J’entendais les hirondelles s’affairer dans leurs nids accrochés sous l’avancée du toit, j’entendais les merles chanter leurs éphémères victoires sur le cerisier. Lucie dormait près de moi et ému, je me laissais bercer par le doux chant de sa respiration.

 

Au moment où le réveil a sonné, j’ai regretté d’avoir accepté ce voyage.

Mais je dis n’importe quoi, bien entendu. Je n’ai pas eu à proprement parler à accepter le voyage. Cette entreprise inconsidérée, c’est juste ma petite voix interne, ou mon petit doigt, c’est comme on veut, qui me l’a suggérée. Et puis il est bien temps de me lamenter, maintenant que ça fait des semaines que le voyage est terminé.

 

C’était donc il y a des semaines. J’étais seul à la maison, Lucie étant partie pour quelques jours à Montmorillon, chez son amie Karine. Ne me demandez pas pourquoi cette dernière s’était retirée dans un patelin pareil, je n’en ai aucune idée. Lucie m’avait téléphoné dans la soirée. Elle m’avait raconté des choses anodines sur le contenu de ses journées là-bas, et à vrai dire je n’avais aucune idée de ce qu’elle y faisait. Ceci dit, j’ai toujours eu confiance en elle, et aucun soupçon de tromperie ne m’était venu à l’esprit. N’empêche que Lucie me manquait.

 

Après qu’elle avait raccroché, je m’étais accordé un petit remontant sous la forme d’un peu de schnaps dans ma tasse de café, dans le fond de laquelle séchait un reliquat de sucre cristallisé. Oui, bon. Le terme « un peu » est assez relatif, je sais. J’avais un peu rempli la tasse, en fait. J’écoutais Gerry Mulligan quand, sans qu’il y ait un rapport bien évident, je me suis mis dans l’idée de chercher la dernière revue de décoration que Lucie avait achetée en même temps que sa feuille de chou mensuelle. Et c’est en farfouillant de le porte-revue que je suis tombé sur la plaquette. Et que les bras m’en sont tombés. Il se trouve qu’à Montmorillon, obscure sous-préfecture du Poitou, est organisé tous les deux ans au mois de juin un salon du livre. J’avais en main la plaquette présentant la troisième édition de cette auguste manifestation et je me suis dit que Lucie avait certainement dû y faire un tour, vu qu’elle était sur place à la bonne date. Par curiosité j’ai ouvert le dépliant pour voir quels auteurs pouvaient bien se rendre dans un trou pareil, et j’ai été assez surpris d’y trouver nombre d’auteurs connus, et même certains que j’aimais bien lire, et d’autres moins connus, et c’est là que j’ai eu un choc.

 

Je me suis frotté les yeux. Mais non, je n’avais pas rêvé. Le nom de Lucie figurait bien parmi la liste des écrivains présents sur ce salon, qui n’était manifestement pas si modeste qu’on aurait pu croire.

Je savais que mon épouse consacrait une bonne partie de son temps libre à l’écriture, c’était difficile de l’ignorer. J’aimais même la regarder écrire. Elle semblait vivre physiquement cette activité, je ne sais pas comment décrire cela. L’écriture est un combat, disait-elle parfois, et c’est exact qu’elle semblait devoir déployer un effort physique considérable. Par contre j’ignorais complètement qu’elle ait pu publier un de ses textes. Elle ne m’en avait jamais parlé, j’ignore pourquoi. Je voulais t’en faire la surprise, dirait-elle plus tard. Quand il serait trop tard.

 

Je ne sais pas ce qui m’a pris. Il y avait comme une urgence. Je voulais voir Lucie dans l’instant, je voulais la prendre dans mes bras, je voulais me noyer en elle. Je me suis mis au volant de la Golf et je suis parti. Il était plus de minuit, j’avais au minimum cinq heures de route et j’avais bu du schnaps, mais je n’en avais cure. Une petite voix interne me susurrait que je devais voir Lucie. Je n’ai pas fait attention aux paysages familiers, je ne me souviens pas clairement d’avoir passé la Saône, pourtant le j’ai fait. Je ne me souviens pas clairement d’avoir passé Montceau les Mines, Paray le Monial et Digoin. Pourtant je l’ai fait. Je me souviens que le camion qui me précédait était jaune et vert, et qu’il venait de Lyon. Je ne peux que m’en souvenir, c’est la dernière chose que j’ai vue avant de tomber dans le canal. C’est la dernière chose que j’ai vue.

 

Je ne sais pas comment je m’en suis sorti. Je me suis réveillé dans une chambre d’hôpital.

Je ne sais pas de quelle couleur en étaient les murs.

Je ne sais pas ce qu’on voyait de la fenêtre.

Je ne sais pas si l’infirmière était blonde ou brune.

Je ne sais pas la couleur des vêtements que portait Lucie. Du bout de mon index, je suivais les larmes qui ruisselaient sur son visage.

 

Ce matin, quand je me suis réveillé, je savais qu’il faisait jour, puisque les oiseaux chantaient, mais je ne savais pas si le ciel était bleu.

Je ne verrai jamais l’ordonnancement des phrases de Lucie. Je ne verrai pas s’ils ont mis une jolie illustration sur la couverture de son roman. Ce soir, quand elle reviendra de l’école, je lui demanderai de m’en lire un chapitre. 

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de retour (Poupoune)

Au moment où le réveil a sonné, j'ai regretté d'avoir accepté ce voyage.

Ecrasée de chaleur malgré l'heure matinale, j'étais comme collée au matelas par la sueur. Entre le ronron lancinant du ventilateur qui ne servait qu'à brasser un peu d'air chaud et un moustique tenace que je n'avais pas réussi à tuer, je n'avais pour ainsi dire pas dormi.

Je me suis extirpée du lit avec lenteur, comme dans du coton, le moindre de mes gestes nécessitant un effort dans la moiteur de cette chambre d'hôtel miteux.

J'ai essayé de me rafraîchir sous le fin filet d'eau qu'offrait la douche, mais en vain. A peine sèche, j'étais de nouveau humide de sueur. J'ai enfilé une robe légère, noué mes cheveux sur ma nuque et je suis descendue déjeuner.

Je me suis installée au bout d'une grande tablée de touristes fraîchement débarqués avec qui j'ai échangé quelques mots polis et je me suis forcée à manger un peu de pain sec et de beurre rance, que j'ai fait passer avec du mauvais café.

Je n'arrivais toujours pas à comprendre ce qui m'avait poussée à accepter de venir... Dix ans avaient passé et je m'étais juré de ne jamais remettre les pieds ici. Il avait pourtant suffi d'un coup de fil.

J'ai décliné les offres de chauffeurs de taxi plus ou moins autorisés qui se proposaient de m'emmener à peu près n'importe où et je suis partie à pieds.

Dix ans, mais rien n'avait changé. Les routes poussiéreuses, les trottoirs inexistants ou défoncés, les étals de viandes côtoyant ceux de vis, boulons et autres écrous graisseux, la cahute branlante du coiffeur adossée au maquis où l'on n'est jamais sûr de trouver une boisson fraîche... et le bruit, le monde, l'effervescence, malgré le poids écrasant d'un soleil déjà de plomb.

Dix ans, mais je n'avais pas oublié le chemin du commissariat. Je croyais avoir pourtant réussi à tout oublier de cette histoire, mais à peine avais-je entendu l'écho caractéristique quand j'avais reçu l'appel que tout m'était revenu. Notre décision précipitée de partir, la préparation hâtive du voyage, notre arrivée et nos premiers déboires à la douane, qui n'avaient entamé ni notre bonne humeur ni notre soif d'aventure. Et puis ce fameux jour où on était partie chacune de son coté... on devait se retrouver à l'hôtel. Je ne l'ai jamais revue.

Ça avait duré des semaines. Chaque jour je m'étais rendue au commissariat, j'avais raconté mon histoire des centaines de fois, passé des heures, dégoulinante de sueur dans une pièce où il devait faire cinquante degrés, à ne reconnaître personne sur des centaines de mauvaises photos qu'on me montrait, rien. J'avais cru que je ne rentrerais jamais, mais les flics avaient fini par me laisser repartir, en promettant de me contacter s'ils avaient du nouveau.

Dix ans.

La communication avait été très mauvaise, mais j'avais compris qu'ils voulaient que je revienne.

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Dominique (Moon)

Il n’y avait que trois endroits où je n’aurais pas voulu être.

Chez ma mère à Charleville :

« Je m'ennuie beaucoup, toujours ; je n'ai même jamais connu personne qui s'ennuyât autant que moi. »

A Louxor dans le temple avec Philippe.

« Je n’écrirai plus sur les murs qui virent la majesté. »

A Ashoqa, pas loin de Kandahar, le jour où on a découvert les pendaisons.

« Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées, un morceau de chair tremble à leur maigre menton »

Mais aujourd’hui, je n’étais pas loin d’en ajouter un quatrième. Celui où je me trouvais.

Au moment où le réveil avait sonné, j’avais regretté d’avoir accepté ce voyage.

Ce voyage à Coëtquidan qui avait décidé de ma vie aujourd’hui…

Bien entendu la carrière militaire avait toujours été une éventualité pour moi, papa était le héros de mon enfance et ses missions, ses départs, ses retours avaient rythmé mes jours et mes rêves de fillette.

Mais le commandement… Qu’est-ce qui m’avait pris ? Qu’est-ce que j’allais faire avec ce régiment qui n’avait jamais vu une femme à sa tête ? Comment allaient-ils me regarder et quels murmures allais-je entendre dans mon dos ? Aurais-je encore à prouver qu’on peut être une femme de rigueur sans être agressive ?

Que dirais-je à tous ces journalistes qui s’extasieraient sur mon parcours ?

Qu’est-ce que j’allais surtout dire à tout le régiment aujourd’hui pour expliquer que j’allais les mener à la dissolution en si peu de temps ?

« Vous êtes heureux d’apprendre que je vais vous disperser dans d’autres unités… »

Et si je retournais au lit me plonger dans mon beau volume de la Pléiade que m’a offert Philippe avant de partir ?  Le papier bible est si doux aux mots de Rimbaud…

Posté par valecrit à 17:01 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
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