Dimanche, 19h30, une  journée ensoleillée se termine.

Je suis allongée sur le transat, je lis. Dans le lecteur CD, un disque que j’ai retrouvé par hasard. Offert par Jane, c’est sûr, mais à quelle occasion ? La pendaison de crémaillère peut-être...

J’adore cette heure de la journée. Le soleil s’est enfin délesté de ses feux trop violents pour ne conserver que sa douce et pale tiédeur.

Je pose mon livre, renverse la tête contre le dossier et ferme les yeux.

Mes trois hommes jouent de l’autre côté de la maison. Au foot, sans doute,  je les entends taper dans le ballon. J’entends aussi les cascades de rire perlé et clair des enfants. Ils adorent jouer avec leur père, les occasions sont rares. Et moi,  j’adore les sentir joyeux, tous les trois.

Quelques oiseaux sifflotent encore et semblent apprécier, eux aussi, le charme de cette fin d’après-midi. Le bourdonnement de quelques insectes se mêle aux notes du CD qui se faufilent depuis le salon jusqu’à mes oreilles. Un léger vent bienveillant passe sur ma peau.

Je me laisse aller en douceur à des pensées vagabondes. 

Le bonheur, c’est si simple parfois...

Je m’étonne de cette capacité que nous avons (un instinct de survie sans doute ?) à oublier si souvent le monde qui nous entoure. Le marasme financier, la crise écologique... Les enfants qu’il faudra aider à devenir des hommes dans un monde rempli de chausse-trapes...

La musique devient plus dense et plus douce la lumière sur mon visage.

Je  m’absente...

Et pendant quelques instants les grains de sable cessent de glisser dans le sablier.

Puis soudain, une brûlure fraîche dans le creux de mon cou me ramène dans le temps.

Je souris. J’ouvre un œil.

« Faudrait peut-être faire à manger ! Les enfants ont faim. »

Je m’entends répondre : « Vas-y, je t’en prie. Fais comme chez toi ! »

Mon homme s’éloigne en traînant les pieds. Ostensiblement, il me semble.

Mon sourire ne me quitte pas.

La musique s’arrête.

Je tends l’oreille et bientôt m’arrivent les premières notes de « Bloody Sunday ». Je souris encore. Réponse du berger à la bergère ?

Je  me refuse à quitter cet état d’apaisement. Je tente de retenir encore quelques instants la douce mélopée de cette fin de journée...

BOUHHH !

Je sursaute en lâchant un cri ! Mes deux serins (envoyés en mission par leur papa ?) viennent de grimper sur la chaise longue et entreprennent une partie de chatouilles en piaillant : « On a faim ! » Je leur laisse le plaisir de glisser leurs mains dans mon cou et sous mes aisselles en riant de bon cœur. Puis je me tortille et  m’extirpe pour aller me réfugier en courant derrière le vieux poirier.  La course poursuite commence. Je contourne le premier, fais tourner le deuxième dans les airs. Olé !

Le ciel s’est teinté de mauve.

La mélodie de Jane s’est tue pour aujourd’hui...

Je m’engouffre dans la maison en criant « Moi, aussiiiiiiiiiiiii j’ai faim !  Qu’est-ce qu’on mannnnnnge ? ? ? »

Retour express dans le tourbillon de ma vie !