18 mai 2009

tentative d'esquisser le portrait d'une presqu'inconnue - Tilleul‏

Madame Katia,

 

Quel ne fut pas mon étonnement, ce matin en recevant votre missive… Je me demandais qui pouvait être cette Madame Mireille qui avait pris la peine d’inscrire mon nom sur son carnet… Maintenant, je me souviens… Madame Mireille ! J’avais huit ans, elle en avait cinquante. Dans ma tête de petite fille, elle était vieille… toujours vêtue de gris et de noir. Etait-elle ridée ? Je ne sais plus, quand j’y repense, je vois seulement ses yeux qui souriaient…

Elle habitait dans une toute petite maison, seule. Elle avait un chat qu’elle appelait Minoussi.  Un jour, je l’avais caressé et c’est grâce à lui que nous étions devenues amies.

En revenant de l’école, je m’arrêtais devant sa porte et elle me donnait un bonbon, parce que j’étais gentille disait-elle. Elle était un peu comme une grand-mère pour moi qui n’avait pas de mamy… Si je me plaignais des trop nombreux devoirs ou des leçons à étudier, elle m’expliquait la chance de pouvoir fréquenter l’école… Elle avait du travailler très jeune, sa famille n’étant pas bien riche…

Quand le soleil brillait, elle était assise à l’ombre d’un vieux pommier, je m’installais quelques minutes sur le banc à côté d’elle et nous bavardions… Elle me racontait ce qu’elle faisait à mon âge… A huit ans, elle avait brodé un abécédaire…

Un jour, elle m’avait accueillie en me disant « j’ai un cadeau pour toi ». Dans le grand placard en chêne qui trônait dans sa cuisine, elle avait  pris un paquet enveloppé de papier gris et m’avait  offert cet abécédaire… Je l’ai toujours, il est encadré et suspendu au-dessus de la cheminée, dans mon salon…

Voilà les seuls souvenirs qu’il me reste…

 

 

Veuillez agréer Madame Katia, l’expression de mes sentiments les plus distingués…

 

Tilleul

 

P.S. Vous dites qu’elle s’appelait Mireille ? C’est bizarre, maintenant que j’y pense… je l’ai toujours appelée Mariette…

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Revelation (Val)

Madame Katerine Dumon
8, rue des pivoines
17000 La Rochelle

                                                                                        Dimanche 17 mai 2009


Chère Katia,


J’ai appris le décès de Mireille et j’allais vous contacter. Vous m’avez devancée. Maintenant qu’elle n’est plus, l’heure est venue pour moi de prendre contact avec vous et de tout vous révéler.

Je suis la fille de Mireille. Je n’ai pas assisté à ses obsèques selon ses dernières volontés, que le notaire m'a énoncées par téléphone juste après son décès. Elle y souhaitait votre seule présence.

Parmi ces ultimes volontés, figure celle que vous connaissiez toute la vérité juste après sa mort. J’ai donc pour mission de vous raconter toute l’histoire.

J’avais quinze ans lorsque j’ai connu Jean, mon premier amour. Nous étions très amoureux l’un de l’autre. Malheureusement, ce qui devait arriver arriva, et je suis  très vite tombée enceinte. Je n’avais pas encore seize ans. Jean n’a plus voulu entendre parler de moi, et ma mère –Mireille- était folle de rage et de honte.  Je suis restée enfermée à la maison durant neuf mois. Maintes fois elle m’a battue durant ma grossesse dans l’espoir que le bébé disparaisse…

Elle n’y est pas parvenue. C’est seule dans ma chambre qu’une nuit de juin j’ai donné naissance, dans les cris et les larmes, à une petite fille. Mireille, cette nuit-là, conseillée par la honte, n’a même pas daigné faire venir un médecin.

Au matin, elle m’a arraché l’enfant des mains et a entrepris de « s’en débarrasser ». Souffrante, épuisée, terrifiée, je n’ai pu la retenir. Elle a quitté la maison à l’aube avec le bébé dans les bras. Elle est revenue quelques heures plus tard en me précisant que c'était "réglé".  Je n’ai plus jamais revu l’enfant.

Après ce jour, je n’ai jamais plus reparlé à ma mère, et ai fui la maison à la première occasion. Je me suis mariée jeune, et suis partie loin avec mon époux, pour ne plus jamais revoir cette « tueuse d’enfant ». Je ne lui ai jamais pardonné.

Nous ne nous plus sommes jamais revues, Mireille et moi. Mon mari et moi avons fait notre vie loin, sans jamais prendre de ses nouvelles.

Il y a quelques années, après quarante ans de silence, Mireille m’a écrit. Elle venait d’apprendre la mort d’une amie et craignait de mourir avec son secret. Dans sa lettre, elle m’a tout dit.

J’avais toujours cru qu’elle avait supprimé mon bébé, cette nuit-là. Il n’en était rien. Elle l’avait conduit chez un couple du village en mal d’enfant, leur faisant promettre de ne jamais rien dévoiler à quiconque en échange de la petite.

Peu après, le couple a quitté le village avec le bébé, pour ne pas éveiller les soupçons. Il se sont installés dans l’Eure et Loir. Mireille m’a avoué avoir reçu, pendant toute ces années, des nouvelles régulières de ma fille, et les avoir brulées aussitôt lues, pour que son secret soit préservé.

Elle me disait aussi, dans sa lettre, que la mère adoptive de  l’enfant, déjà veuve depuis quelques années, venait de mourir, et que plus jamais elle ne recevrait de nouvelles. 

Elle m’informait que, par conséquent, bien qu’encore autonome, elle quittait sa maison pour partir vivre auprès de sa petite-fille dans l’Eure et Loir.

Prise de remords sur le tard, elle avait souhaité connaître cette enfant et tout mettre en œuvre pour que mes retrouvailles avec mon premier bébé puissent se faire après son décès.

Katia, je suis votre mère.


Katerine

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Souvenirs d'enfance - Poupoune

Chère Madame,

Vous n'imaginez pas le soulagement qu'a été pour moi la lecture de votre lettre. Si vous étiez seule à l'enterrement de Mireille, ne croyez pas pour autant que personne ne voulait la voir morte : c'est elle qui avait choisi de disparaître... sans quoi il y a bien longtemps que je serais venue la tuer moi-même de mes propres mains.

Cette femme était le diable, Madame. Si vous aviez seulement idée du mal qu'elle a fait à notre famille! Ce monstre était ma soeur. Je ne pourrai jamais comprendre ce qui lui a pris de nous détruire ainsi.

Papa n'était qu'amour et tendresse avec nous. Maman était une femme comme savaient être les femmes à l'époque, discrète et dévouée. Moi j'étais une petite fille réservée. Mais elle... De huit ans mon aînée, elle n'a d'évidence jamais supporté les attentions de Papa à mon égard, elle était d'une jalousie maladive et dès le retour de Papa le soir, elle usait de mille ruses pour le détourner de moi et s'assurer ses faveurs. Que de soirées j'ai pu passer à sangloter à cause d'elle!

Quand il allait se coucher, elle avait le toupet de venir me consoler... en dénigrant Papa qu'elle s'était donné tant de mal à éloigner de moi! Et si vous l'aviez entendue parler de Maman... elle qui s'effaçait si gentiment pour nous laisser pleinement profiter de Papa. Mireille lui a même un jour craché au visage! Pouvez-vous seulement imaginer ça?

Son adolescence a été une douleur pour toute la famille... moi qui n'était qu'une enfant, elle cherchait sans cesse à me convaincre de la suivre. Elle voulait que je complote avec elle pour que nous puissions nous enfuir toutes les deux. Quitter ce foyer pourtant si plein d'amour... Une fois elle m'a même obligée à partir avec elle et quand Papa nous a retrouvées il nous a punies toutes les deux! Alors chaque fois qu'elle a voulu m'entraîner dans ses fugues par la suite, je l'ai dit à Papa. Je ne comprends pas pourquoi elle ne voulait pas partir sans moi... tout aurait été tellement plus simple!

Et il y a eu ce jour horrible, dont le seul souvenir me fait encore aujourd'hui froid dans le dos. La police, les médecins, les dames de l'assistance... Les cris de maman, le regard résigné et tellement triste de Papa. C'est Mireille qui avait provoqué toute cette agitation, cette panique... Elle avait... Oh mon dieu, quelle horreur, cette seule pensée... elle était enceinte et s'était enfuie pour tuer cet enfant de l'amour. Cet enfant de Papa. Croyez-le ou non, elle s'est planté un couteau dans le ventre! Mais ça, elle a survécu, elle...

Papa a été enfermé. Il s'est pendu deux semaines plus tard. Maman est morte le mois suivant, de honte ou de chagrin sans doute. Pour moi la vie s'est arrêtée là. Mireille est venue me voir... elle a eu le culot de me dire que tout irait bien maintenant, qu'on allait être ensemble. Ce jour-là j'ai essayé de la tuer, mais j'étais trop petite. J'ai demandé à ce qu'on ne la laisse plus jamais m'approcher. Plus tard j'ai voulu la retrouver pour lui faire payer le mal qu'elle nous a fait, mais elle avait disparu. Les seules nouvelles que j'espérais d'elle depuis lors sont celles que vous venez de me donner et je vous en remercie.

Au lieu de brûler cette lettre, brûlez un cierge en priant que son âme pervertie n'ait pas corrompu la vôtre et pissez plutôt sur sa tombe.

Avec mes meilleurs sentiments.

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Une chanson douce (Virgibri)

Consigne_61_Mireille_2

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Tentative d'esquisser le portrait d'une inconnue‏ (Vegas sur Sarthe)

Vous me demandez si j'ai connu Mireille, Madame Laipouls-Scière? Et comment, et mon père aussi... non pas qu'il ait eu besoin de ses services mais rapport à la rouste qu'il m'a filée ce jour-là.
Il faut dire que je venais juste d'avoir mes 13 ans et Lucien, c'était le balèze de la classe, tenait absolument à ce que je "perde ma petite peau de bébé" comme il disait !
Alors il a fait une quête dans la cour des grands et il m'a traîné à saint Lazare... c'était un jeudi après-midi, rue de la bienfaisance si vous connaissez Madame Laipouls-Scière; Lucien, lui il connaissait une vendeuse de bonheur mais à l'époque elle se faisait appeler Greta. Il faisait un temps de chien et je ne l'ai pas bien vue ni elle non plus dans la cage d'escalier, mais j'ai remarqué qu'elle boitait un peu en montant et je serais redescendu si Lucien ne m'avait pas poussé aux fesses.
Elle n'était pas toute jeune et moi, je devais faire peine à voir avec mes chaussures trempées et mon billet de 20 francs à la main... alors elle a éclaté de rire en se tournant vers la petite table: "Viens voir là mon biquet, ce que j'ai à t'offrir".
Elle m'a demandé où j'habitais et m'a tartiné trois belles grosses tranches de pain avec du Nutella que j'ai dû commencer à manger devant elle; elle souriait et moi comme un con de biquet avec mon Nutella, je la trouvais moins vieille ! Elle souriait et moi je ruminais...Lucien en serait mort de honte.
Je suis redescendu trop vite sur les fesses, la dernière tartine à la main et je n'ai rien eu à dire à Lucien; on est rentrés daredare chez nous avec les 20 francs.
J'entends encore mon père en passant la porte:
"D'où tu sors à cette heure?"
"Ben... J'suis allé avec Lucien voir les dames sur le trottoir..."
"Hein? Explique toi bon sang! "
Expliquer! Quand on a encore du Nutella sur la bouche, ça parait dérisoire.
"Ben, avec les deux premières ça a été, mais pour la troisième je n'en pouvais plus..."
"Hein?"
"Alors je l'ai juste léchée"
Mon père a hésité un instant entre la syncope et la rouste, mais la syncope c'était pas son style.

Beaucoup plus tard je suis retourné voir Greta; j'avais vieilli et elle aussi... elle a bien voulu que je l'appelle Mireille et m'a gardé toute la nuit avec elle; mais ça je ne l'ai jamais dit à mon père même si c'est des histoires d'homme.
Alors si vous ne comprenez pas, Madame Laipouls-Scière ce n'est pas grave; j'espère que vous aurez lu ma lettre jusqu'au bout.

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Variante (Citronnelle)

Madame,

De quel droit vous allez-vous fouiller dans les affaires d’une défunte et vous mêler de ce qui ne vous regarde pas ?
Je suis un honnête homme, moi ! Je ne veux pas savoir ce que faisait mon nom dans le répertoire de cette mauvaise chanteuse de cabaret  mais ma femme, elle, m’assomme de questions et ne cesse de me houspiller depuis que cette lettre est arrivée chez nous. Elle a 88 ans et n’en est pas  moins jalouse ! Depuis le temps, il y a pourtant prescription !
Mes pauvres yeux ne me laissent pas le loisir de vous en écrire davantage... mais un conseil : jetez ce carnet aux ordures !
Je ne vous dis pas merci !

Jean De Lamacrelle




Madame,

C’est mon aide-soignante, Ghislaine, qui me prête sa main pour rédiger cette lettre. Je suis vieux moi aussi, mes yeux sont fatigués, ma main tremble mais j’ai toujours ma tête et mes souvenirs. Je m’interroge depuis plusieurs jours au sujet de votre lettre et de votre louable requête. Ce sont les petits jeunes qui ont acheté notre maison qui ont fait suivre votre courrier. Cela fait 4 ans que ma femme n’est plus de ce monde et que j’ai quitté l’adresse où votre lettre est arrivée. Mes enfants ont préféré me placer dans cette maison. J’y serais mieux, disaient-ils...Ce n’est pas faux, Ghislaine et ses collègues s’occupent bien de moi...


Mireille Icks (ne s’est-elle donc jamais mariée ?) je l’ai connue il y a bien longtemps mais je n’ai jamais oublié son nom, bien qu’elle soit restée pour moi, « La belle Lou ».

J’étais alors instituteur dans une petite ville du Nord. Elle était chanteuse dans un   cabaret minable, terne et sale mais qui était très fréquenté...Les hommes venaient de loin pour la voir. Lou, la belle. Un ange en dentelle noire. Un ange au purgatoire... Sa voix enchanteresse, je l’entends encore.
J’étais timide, je n’osais trop lui parler. Elle était entourée d’hommes, de ces bons bourgeois pleins aux as. Attention, ne vous méprenez pas ! C’était une femme respectable ! Elégante, ensorcelante, souvent.  Joyeuse et... colorée,  parfois mais jamais vulgaire ! Son parfum de violette la suivait entre les tables du cabaret... Je choisissais toujours une place dans un coin pour être discret. (Un instituteur doit prendre garde à sa réputation, mais n’en est pas moins un homme.) Nos regards se sont croisés plusieurs fois, nous avions même échangé quelques paroles. Une fois, je me souviens, après son spectacle, elle s’était racontée... Mireille, bien moins scintillante que Lou, mais tout aussi touchante... 
Je l’aimais secrètement... J’étais bête, timoré, je n’avais pas l’audace que donne un portefeuille bien rempli  pour le lui dire vraiment.
Un soir, j’avais même acheté un bouquet de roses jaune pâle. Après les avoir cachées toute la soirée sous la table,  je les ai finalement jetées. J’en ai gardé une, entre les pages d’un recueil d’Apollinaire.

C’est ridicule, ne trouvez-vous pas ? Je vois bien le regard amusé de Ghislaine qui couche mes paroles sur le papier. Elle s’en défend poliment, elle a du tact,  mais tout de même, je le sais...

Puis la guerre est arrivée. Je suis parti, il a bien fallu. Quand je suis revenu, elle avait disparu. Ensuite, j’ai rencontré mon épouse, une honnête femme, travailleuse et aimante. Nous avons eu trois enfants, nous avons emménagé dans ce petit village où nous avons fait notre vie et où j’ai effectué toute ma carrière d’instituteur. J’ai été heureux mais j’ai souvent relu ce poème d’Apollinaire en pensant à elle : « Je t’écris ô mon Lou... » Le connaissez-vous ?

Comment a-t-elle retrouvé mon  adresse ? Et pourquoi ? Ces questions ne cessent de me troubler depuis que votre lettre m’est parvenue. Je ne puis m’empêcher de penser que peut-être...

Je ne sais ...et puis, je suis bien vieux pour me tourmenter ainsi.

Je vais demander à Ghislaine de  joindre à cette feuille la rose séchée que les poèmes d’Apollinaire ont  conservé si longtemps. Vous la lui offrirez pour moi...

Merci,
Sincèrement vôtre.

Jean Lamoureux

PS : Monsieur Jean nous a quitté la nuit qui a suivi l’écriture de cette lettre.  C’était un gentil monsieur.

Cordialement, Ghislaine.

Posté par Walrus à 17:01 - - Commentaires [18] - Permalien [#]
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