Madame Katerine Dumon
8, rue des pivoines
17000 La Rochelle

                                                                                        Dimanche 17 mai 2009


Chère Katia,


J’ai appris le décès de Mireille et j’allais vous contacter. Vous m’avez devancée. Maintenant qu’elle n’est plus, l’heure est venue pour moi de prendre contact avec vous et de tout vous révéler.

Je suis la fille de Mireille. Je n’ai pas assisté à ses obsèques selon ses dernières volontés, que le notaire m'a énoncées par téléphone juste après son décès. Elle y souhaitait votre seule présence.

Parmi ces ultimes volontés, figure celle que vous connaissiez toute la vérité juste après sa mort. J’ai donc pour mission de vous raconter toute l’histoire.

J’avais quinze ans lorsque j’ai connu Jean, mon premier amour. Nous étions très amoureux l’un de l’autre. Malheureusement, ce qui devait arriver arriva, et je suis  très vite tombée enceinte. Je n’avais pas encore seize ans. Jean n’a plus voulu entendre parler de moi, et ma mère –Mireille- était folle de rage et de honte.  Je suis restée enfermée à la maison durant neuf mois. Maintes fois elle m’a battue durant ma grossesse dans l’espoir que le bébé disparaisse…

Elle n’y est pas parvenue. C’est seule dans ma chambre qu’une nuit de juin j’ai donné naissance, dans les cris et les larmes, à une petite fille. Mireille, cette nuit-là, conseillée par la honte, n’a même pas daigné faire venir un médecin.

Au matin, elle m’a arraché l’enfant des mains et a entrepris de « s’en débarrasser ». Souffrante, épuisée, terrifiée, je n’ai pu la retenir. Elle a quitté la maison à l’aube avec le bébé dans les bras. Elle est revenue quelques heures plus tard en me précisant que c'était "réglé".  Je n’ai plus jamais revu l’enfant.

Après ce jour, je n’ai jamais plus reparlé à ma mère, et ai fui la maison à la première occasion. Je me suis mariée jeune, et suis partie loin avec mon époux, pour ne plus jamais revoir cette « tueuse d’enfant ». Je ne lui ai jamais pardonné.

Nous ne nous plus sommes jamais revues, Mireille et moi. Mon mari et moi avons fait notre vie loin, sans jamais prendre de ses nouvelles.

Il y a quelques années, après quarante ans de silence, Mireille m’a écrit. Elle venait d’apprendre la mort d’une amie et craignait de mourir avec son secret. Dans sa lettre, elle m’a tout dit.

J’avais toujours cru qu’elle avait supprimé mon bébé, cette nuit-là. Il n’en était rien. Elle l’avait conduit chez un couple du village en mal d’enfant, leur faisant promettre de ne jamais rien dévoiler à quiconque en échange de la petite.

Peu après, le couple a quitté le village avec le bébé, pour ne pas éveiller les soupçons. Il se sont installés dans l’Eure et Loir. Mireille m’a avoué avoir reçu, pendant toute ces années, des nouvelles régulières de ma fille, et les avoir brulées aussitôt lues, pour que son secret soit préservé.

Elle me disait aussi, dans sa lettre, que la mère adoptive de  l’enfant, déjà veuve depuis quelques années, venait de mourir, et que plus jamais elle ne recevrait de nouvelles. 

Elle m’informait que, par conséquent, bien qu’encore autonome, elle quittait sa maison pour partir vivre auprès de sa petite-fille dans l’Eure et Loir.

Prise de remords sur le tard, elle avait souhaité connaître cette enfant et tout mettre en œuvre pour que mes retrouvailles avec mon premier bébé puissent se faire après son décès.

Katia, je suis votre mère.


Katerine