09 mai 2009

Consigne # 60

Pour la soixantième, on vous propose de jouer aux devinettes.
Vous avez bien lu!
Samedi prochain, seule la liste des participants ainsi que les textes non signés seront publiés.
Ce sera à vous de deviner qui a écrit quoi.




Pour brouiller les pistes, nous vous demandons de bien vouloir utiliser tous la même police d'écriture:
Arial, taille 12.

Les textes devront de préférence être dans une fourchette de taille comprise entre:
500 et 2500 caractères.

Vous pouvez glisser un indice dans votre participation, pour laisser aux autres la possibilité de vous reconnaitre. Mais les plus malicieux pourront aussi jouer à donner de faux indices...

Ah! Oui! Un thème pour les textes:



L'acidité!

Bonne semaine à tous...

Posté par valecrit à 23:00 - - Commentaires [72] - Permalien [#]
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Hopper d'Ondine

Contraste entre l’éclat aveuglant du diner et la nuit sournoisement tapie autour, frontière perceptible entre le rêve éveillé et la brutalité de la vie quotidienne, murmures étouffés sur fond de solitude criée. Ces oiseaux de nuit n’ont rien des noctambules branchés qui se déversaient quelques heures auparavant en grappes collantes sur les trottoirs des métropoles. Ils veillent, ils attendent patiemment leur victime; elle ne viendra pas ce soir mais ils ne le savent pas encore.

Pour tuer le temps, ils avalent une pointe de tarte débordante de garniture, trempent leurs lèvres dans un café au goût approximatif. Pour tromper leur ennui, l’un feuillette un imprimé daté. L’autre engage la conversation avec le cuisinier, échange des statistiques de baseball, évoque avec nostalgie les géants d’antan. D’un œil de professionnel, il détaille la coloration des cheveux de la femme, remarque l’absence d’alliance sur son doigt, note les ridules qui griffent l’ovale imparfait de ses yeux, le maquillage trop généreusement appliqué, l’affaissement presque imperceptible de sa gorge.

 La fumée de sa cigarette enlace en une étrange danse lascive les relents de parfum bon marché appliqué il y a des heures. Il sent son désespoir trouble comme il reconnaît les effluves bruts de la peur, par strates sournoises d’abord puis avec une puissance fulgurante. Aucune musique ne vient troubler le raclement des tasses de porcelaine grossière sur les soucoupes, les toussotements discrets devenant ponctuation d’un dialogue désincarné. La nuit sera longue, blême, sinistre; elle laissera ses traces, fugaces, tenaces.


Posté par valecrit à 16:17 - - Commentaires [23] - Permalien [#]
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Où es-tu oiseau de nuit chéri ? (Cartoonita)

Il est moche ce tableau. Et j’aime pas les expos. Je sais pas pourquoi il m’a donné RDV ici. J’espère qu’il veut pas acheter cette croute. Toujours des idées farfelues ce gus. Comme la fois où… nan, j’raconte pas ! Tiens, un SMS : « Sui devan lé oizo 2 nui. Té ou ? ». Ah ah, très drôle. Ben moi aussi, tu vois. Je suis même pile devant le magniiiiiiifique tableau. J’ai capté. Il est à la bourre et il veut me faire le coup du j’étais déjà là depuis l5 min, ça fait des plombes que j’t’attends, t’étais cachée où ? Il peut crever, je réponds pas mais qu’il se magne bordel.

Et vas-y que le binoclard reprend son patati-patata, de la tchatche d’intello à deux balles : « … le style et la pensée  hopperienne s’inscrivent, avec ce splendide tableau, dans le courant néo… ». J’t’en foutrais moi des néo-machin. Tiens, la rouquine en rouge de la croute, elle m’fait penser à la bombasse que le loup essayait de choper dans Tex Avery, ou alors la nana de Roger Rabbit. Mort de rire.

Nouvel SMS : « Dépéch cé gratos pr lé meuf juska minui ». Alors là, encore plus drôle. Gratuit mon cul. Comment qu’il m’a trop fait chier le gorille avant de me laisser entrer. Ben oui, j’ai RDV du con. Ouais, à la soirée spéciale « Les oiseaux de nuit ». Vâââchement spéciale, moi j’te dis !

Qu’est-ce qu’elle a encore me reluquer la vieille pimbèche ? Ah ça pour me fixer avec des grands yeux à chaque fois que je réussis une bulle de chewing gum ya du monde, mais pour me dire qu’est-ce qu’il glande mon « chéri d’amour », là y’a plus personne. Vieille bique ! Pfiou, je m’emmerde, je m’emmerde, je m’emmerde !

Et encore un SMS, ça n’arrête pas : « Ya DJ Bastardo il déchir grav!! » Hum, t’as raison mon lapin. Ça déchire grave, le bétov, le p’tit bac ou le truc muche classique qu’ils nous passent. Putain, on est le 1er avril ou quoi ?

Merde. Le cauchemar. Ya ma mater. Putain, il va déguster l’empaffé, c’est un traquenard ou quoi !

« Chérie ! Que fais-tu là ? Je savais pas que tu t’intéressais à Edward Hoppe. Ça me fait plaisir de voir que tu t’ouvres à la culture ! Je croyais que tu allais avec ton fiancé au nouveau night club qu’ils viennent d’ouvrir à Saint Germain. Comment c’est déjà ? Les oiseaux de nuit, oui… ». Vie de merde.

 

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Quelque part en ville... - Janeczka

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Remember (Papistache)

Oncl’ Owl, s’il te plaît, raconte ta première proie vivante.
— Little Tawny Owl, je t’ai déjà confié cent fois cette expérience.
— Oh ! Oncl’ Owl, encore une fois, s’il te plaît !
Et l’oncle, flatté de l’insistance de sa jeune nièce, une fois de plus, dévida le fil de son histoire.



J’effectuais mon premier vrai vol nocturne loin du tronc du vieux pin. Mon père m’avait guidé jusqu’au sommet d’un réverbère en aluminium qui jetait une lumière aveuglante sur ce lieu de rendez-vous des humains. Je ne distinguais presque rien, les éclairages de la ville me désorientaient.
Ouvre tes narines, me dit mon père.
Cette odeur, que je n’ai, depuis, jamais cessé d’associer à la chasse, m’emplit alors les sinus. Sous le lampadaire, un homme s‘appuyait. Je ne le voyais pas ; je le sentis. Une odeur aigre, forte, chargée d‘humidité. Sa transpiration. La transpiration de l’homme quand il chasse. De l’autre côté de la rue : ses proies. Appuyées à un comptoir. La lumière les noyait dans un halo éblouissant.
Attends, me dit mon père. Le chasseur est patient. Nous sommes chasseurs. Ébouriffe tes plumes et grave cette odeur dans ta mémoire.
J’ai obéi. En face, des éclats de voix, de grands mouvements de bras. J’ai cru qu’un des humains allait s’envoler. J’ignorais à cette époque combien ils sont lourds et lents et bruyants : j’apprenais. L’homme à la chemise bleue s’est éloigné en parlant fort. L’autre homme à chapeau était parti depuis longtemps. Un fade, sans odeur, sinon celle de la lavande. Un conseil : les hommes qui sentent la lavande, Tawny Owl, ne sont pas des chasseurs, ils ne nous offrent aucun  intérêt, à nous, les oiseaux de la nuit.

La femme. De l’eau coulait sur son visage. J’ai senti le sel. Elle s’est retrouvée seule. L’employé du bar a éteint la lumière. A ce moment, j’ai vu. Tout. Distinctement. L’homme sous le lampadaire a quitté le halo éblouissant et s’est approché de la femme qui hésitait sur le trottoir. Dans la poche du veston de l‘homme, sa main tournait et retournait un objet lourd.

Le chasseur à l’odeur forte a parlé à la femme. Elle a semblé réfléchir puis a avancé et l’homme l’a suivie, collé à ses pas. Dans l’ impasse. J’ai vu. La saleté. Les immondices. Les poubelles. La femme marchait devant.

La main de l’homme est sortie de sa poche. Un bruit sec. Un éclair. Une lame a surgi de sa paume. Il a saisi la femme par le coude et l’a frappée au cou. La femme a crié. Un peu. Elle est tombée. L’homme l’a retournée sur le dos. Il a plongé sa lame dans le ventre de la femme. Longtemps. J’ai senti l’odeur du sang. Un chasseur. J’ai senti sa sueur. Aigre, chaude, envoûtante.
Pas encore, m’a hululé mon père.

L’homme a fouillé le ventre de la femme. Il s’est redressé, a jeté son couteau vers une des poubelles, est parti en courant. Le couvercle de tôle est tombé. Une bande de rongeurs apeurés a bondi hors de la poubelle.
Maintenant, m’a dit mon père.


J’ai tué mon premier rat ce soir-là, Little Tawny Owl. C’est comme je te dis.
La petite hulotte s’était endormie. Le vieux hibou gonfla ses plumes. Le trou dans le vieux pin était confortable. Le jour serait long.

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Le risque en hoppérant… (Tilleul)

C’est bien ma veine ! Moi qui espérais me coucher tôt, voilà le couple là, sur le côté qui commence à se disputer… Ils en ont pour un bout de temps à se rappeler toutes leurs rancoeurs… « Psst ! Voulez-vous boire un dernier verre avant la fermeture ? Je vous l’offre ! Dépêchez-vous, parce que je vais rendre mon tablier ! »… Ils ne m’entendent même pas ! Mon dos commence à me faire souffrir ! Et l’autre en face, avec son air de dormir, je parie que c’est un détective privé ! Ca fait plus d’une heure qu’il n’a rien commandé ! Il ferme les yeux mais je suis sûr qu’il ouvre ses oreilles…

Mon collègue Albert m’a dit « c’est vraiment gentil de ta part de me remplacer ce soir ! J’ai un rendez-vous important. Tu sais, le mercredi, les oiseaux de nuit sont rares, tu pourras fermer la boutique assez tôt ! » Assez tôt ! Tu parles ! Il est plus de deux heures et ces trois clients n’ont pas l’air pressé ! En plus, ils ne sont même pas intéressants… un muet et deux qui s’engueulent à voix basse, comment voulez-vous que je tue le temps en conversant avec eux ? Et ma chérie qui doit m’attendre… Ce matin, en m’embrassant, elle m’a susurré à l’oreille « ce soir, c’est le jour des câlins… »

Je vais lui téléphoner pour la rassurer !

Allo ?... Allo?... Albert ?... Mais qu’est-ce que tu fiches chez moi à cette heure ?

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Le bar de l’Univers et les oiseaux de nuit (Joe Krapov)

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- C’était pendant l’horreur d’une indicible nuit

Et je me faisais chier dans un néant profond.

Il fallait à tout prix sortir de cet ennui :

A force de ramer, j’allais toucher le fond.

 

Faut vous dire, où j’étais, au début, y’avait rien,

Un no man’s land complet, que nib’, un grand trou noir.

J’étais dans mon plumard avec mon acarien

Qui m’a dit : « Fais què’qu’chos’ ! Boug’ toi un peu, gros lard ! »

 

« Ne pense pas, petit, que je suis avachi »

Répondis-je au ciron écrasé sous mon poids.

« Avant de me lancer, sais-tu, je réfléchis !

Construire un univers, je n’sais pas si tu vois,

 

C’est pas rien comm’ boulot ! ». J’ai rassemblé les planches,

Fait l’électricité, les vitres et le comptoir,

Le désir d’oublier, la soif et la pitanche

Et surtout j’ai conçu un extérieur bien noir.

 

Lorsque la ville dort mon bar, tout seul, scintille.

Mais ça manquait d’allure. En effet j’étais seul.

Alors j’ai inventé Leserpent, un’ vétille :

Un client à chapeau qui fait toujours la gueule !

 

On joue bien aux échecs, lui et moi, quelquefois

Mais ça nous prend des plombes et je n’suis pas patient.

Mais bon, ce soir, Champagne et mêm’ caviar, ma foi !

Je n’vous ai pas loupés ! Crénom c’que j’suis content !

 

Eve, ta robe rouge, on ne voit qu’elle ici !

Et toi, quelle élégance, Adam ! J’en suis jaloux !

Vous allez me peupler le monde que voici !

Faites-nous des petits, l’Avenir est à vous ! »

 

***

 

Quand le bar dût fermer, les trois clients sortirent.

Leserpent s’en alla griller une cibiche

Sous un vieux réverbère. Adam, plein de traczir,

Regarda dans les yeux clignotants sa Bibiche.

 

dds_59_03_Adam

- Croître et multiplier, d’accord, mais comment faire ?

Je ne vous connais ni des lèvres ni des dents ! »


dds_59_02_Eve

 

- C’est pas grav’mon Adam ! T’as la cote, et d’enfer !

Il suffit de me faire un peu de rentr’dedans !

 

Faut qu’on se trouve un page où s’envoyer en l’air,

Un petit « hom’ sweet hom ‘ » dit-ell’ d’un ton flatteur.

Nous aurons des enfants, l’écol’, le RER,

TF1, un 4x4 et un congélateur ! ».

 

Adam la regarda, l’air un peu consterné.

- L’autre type au comptoir était un peu moins gore !

Excuse-moi, poupée, je m’sens pas concerné

Par tes projets popotes ! Alors… Adios, Amor ! »

 

dds_59_04_Leserpent

 

Leserpent l’attendait en face du troquet.

Le juk’box entonnait l’air de « Brok’back Mountain ».

- J’ai bien vu que tu n’étais pas un paltoquet.

Ce monde est fait pour nous. Tant pis pour la cheftain !

 

Dans un autre univers ce sera autrement !

Quand l’Acarien les pousse à inventer le monde

Qu’Ils fassent blanc ou noir, c’est toujours très dément

Mais ce scénario-ci… il n’est pas trop immonde ! »

 

***

 

Aujourd’hui, on oublie ce qu’on doit au passé,

Les leçons de Nature et les devoirs au Père.

Les bistrots sont immenses ; ils ont tous l’air glacé

De celui-ci que fit le peintre Edward Hopper.

 

dds_59_05_tableau_de_Hopper

 

Je me souviens encore de la gueul’ du patron

Qui avait inventé cet univers odieux.

Je me demande, quand j’ai bu quelques litrons :

« Se pourrait-il qu’un acarien pût être Dieu ? ».

 

Ces discours, après tout, ce ne sont que des vers

Et je ne suis pas philosophe de renom.

Quelquefois j’entre encore au bar de l’Univers.

J’aime à y boire et y entendre des canons !

 

N.B. Le canon s’écoute ici : http://www.onmvoice.com/play/5475

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Une autre vie (Tiphaine)

Si seulement j’étais né dans un autre quartier…
Si j’avais connu la soie plutôt que la merde,
Si ma mère avait collectionné autre chose que ses foutus amants, des tortues ou des porte-clefs, n’importe quoi d’autre...
Si je savais lequel l’a engrossée...
Si j’avais pas cru que c’était le père O’Malley,
Si je lui avais pas foutu mon poing dans la tronche,
Si on m’avait pas renvoyé de l’école…
Si j’étais pas tombé raide dingue de Cindy,
Si elle était pas tombée en cloques,
Si son père l’avait pas tabassée en l’apprenant…
Si elle avait pas perdu le gosse…
Si j’avais pas pété les plombs.
Si j’avais pas commencé à boire.
Si j’avais pas perdu mon boulot.
Si y’avait eu quelqu’un pour m’écouter…
Si j’avais eu quelqu’un à qui parler…
Si je savais comment faire autrement pour tuer le temps que d’aller chez Phillies,
Si je pouvais le tuer dans les bras d’une femme
Robe rouge…
Si c’était pour moi,
S’il n’y avait que moi.
Si y’avait pas les autres oiseaux de nuit…
Si j’avais les moyens de m’acheter un autre chapeau, un autre costume…
Si mes poches n’étaient pas vides,
C’est moi qu’elle regarderait.
C’est avec moi qu’elle finirait la nuit…
Sa main touche presque celle de l’autre…
Celui qui a le bon chapeau, le bon costume, la bonne attitude,
La bonne vie.
Si seulement j’étais né dans un autre quartier…
Si seulement j’avais eu une autre…- 
Patron !
- 
La même chose ?
- 
Non. Une autre…

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Chacun pour soi, et le silence pour tous (Val)

Elle :

Bon ça y est. Ça, c’est fait. Je ne suis pas mécontente que ce soit terminé, on étouffait, là-dedans. Je vois bien qu’ils me font la tête tous les deux, qu’est ce que j’ai fait, encore ?

 Ah, parfois il me fatigue, lui et son doublon ! Comme si c’était ma faute…

.

Lui :

Bon. Voilà. C’est passé…Il paraît que le plus dur vient après. On verra…

 Roger nous fait la gueule. Je le vois bien, il ne s’est pas assis à coté de nous. Remarque, je le comprends, elle a dépassé les bornes, cette fois-ci ! Roger va encore me taper une crise, comme quoi j’aurais dû faire comme lui et ne pas me faire chier avec une… pfff ! N’empêche, ce soir, en rentrant, elle va m’entendre ! Ah ça oui, qu’elle va m’entendre ! Y’a tout de même des limites, il a pas tort Roger sur ce coup-là !

.

Lui :

Quelle ingrate, putain ! Ça me rend dingue ! Et Georges qui lui dit rien… A sa place je l’aurais giflée devant tout le monde, la garce ! Elle ne mérite que ça, cette petite garce ! Pourquoi a-t-il besoin d’elle, Georges? Je ne lui suffits pas ?

 Petits, on avait promis…

.

Lui :

Eh ben, un peu glauque pour une fin de soirée ! Les jumeaux Wilson , ces oiseaux de nuit, qui sortent de la crémation de leur mère en guise de derniers clients ! Et en plus ils se parlent même pas !

N’empêche, la belle fille, elle a pas dû passer inaperçue avec sa robe rouge ! Elle a dû se retourner dans son cercueil, la mère Wilson ! Ah, ah ah ! Elle a pas froid aux yeux, la gamine ! Remarque, elle a bien raison, c’est qu’il doit en falloir, du caractère, pour se farcir le jumeau collant de son mec à tout bout de champ ! Enfin, c’que j’en dis…

.

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Avec ça... (Pandora)

Deux heures déjà que je vous observe en attendant que vous sortiez enfin. Tu lui racontes ta vie ou quoi ? Pourtant, tu n’es plus tellement bavarde avec moi, ces derniers temps. A peine « Bonjour » et « Au revoir » et encore du bout des lèvres et quand tu es de bonne humeur… Ne me dis pas que tu préfères ce type, parce que là, tu vois, ça me décevrait beaucoup.

Non, je ne le crois pas, il recommande à boire façon grand seigneur. Tu n’as pas vu l’heure coco ? Je travaille moi demain ! Il est ouvert jusqu’à quelle heure ce zingue… ? « Les oiseaux de nuit » ! Avec un nom pareil, je sens que je peux faire une croix sur mon quota de sommeil. Mais tu ne t’en tireras pas aussi facilement, Samantha.

De quoi tu lui parles d’ailleurs ? De moi ? De nous ? Non, je ne pense pas que tu aurais le cran de le faire. Tu inventeras et tu feras ton intéressante. Tu es tellement douée à ce petit jeu.

 « Je sors prendre l’air, je n’en peux plus de toi ! ». Tu parles ! Heureusement que je t’ai suivie. Tu avais rendez-vous avec lui, c’est ça ? Il t’attendait et tu es venue le rejoindre. Ta sortie pour mon soi-disant manque d’enthousiasme était calculée. Ca m’apprendra à aimer une comédienne, peut-être que je l’ai mérité après tout. Mais tu n’as pas assez bien joué ce soir. Dommage, ça pourrait bien être le rôle de ta vie.

Vraiment, tu me déçois Samantha. Doublement. Me tromper, et en plus avec « ça » !

Je ne ferai pas de scène, ce n’est pas mon genre. C’est toi l’actrice. Mais je trouve que tu aurais pu m’en parler plutôt que me poignarder dans le dos comme tu le fais, là. Tu me donnes des idées, tu sais. Des envies de te rendre la pareille, de te faire très mal. Tu n’imagines pas de quoi est capable une femme trahie.

Moi si, j’ai même emmené mes ciseaux de costumière.

Posté par valecrit à 12:00 - - Commentaires [16] - Permalien [#]
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