Deux heures déjà que je vous observe en attendant que vous sortiez enfin. Tu lui racontes ta vie ou quoi ? Pourtant, tu n’es plus tellement bavarde avec moi, ces derniers temps. A peine « Bonjour » et « Au revoir » et encore du bout des lèvres et quand tu es de bonne humeur… Ne me dis pas que tu préfères ce type, parce que là, tu vois, ça me décevrait beaucoup.

Non, je ne le crois pas, il recommande à boire façon grand seigneur. Tu n’as pas vu l’heure coco ? Je travaille moi demain ! Il est ouvert jusqu’à quelle heure ce zingue… ? « Les oiseaux de nuit » ! Avec un nom pareil, je sens que je peux faire une croix sur mon quota de sommeil. Mais tu ne t’en tireras pas aussi facilement, Samantha.

De quoi tu lui parles d’ailleurs ? De moi ? De nous ? Non, je ne pense pas que tu aurais le cran de le faire. Tu inventeras et tu feras ton intéressante. Tu es tellement douée à ce petit jeu.

 « Je sors prendre l’air, je n’en peux plus de toi ! ». Tu parles ! Heureusement que je t’ai suivie. Tu avais rendez-vous avec lui, c’est ça ? Il t’attendait et tu es venue le rejoindre. Ta sortie pour mon soi-disant manque d’enthousiasme était calculée. Ca m’apprendra à aimer une comédienne, peut-être que je l’ai mérité après tout. Mais tu n’as pas assez bien joué ce soir. Dommage, ça pourrait bien être le rôle de ta vie.

Vraiment, tu me déçois Samantha. Doublement. Me tromper, et en plus avec « ça » !

Je ne ferai pas de scène, ce n’est pas mon genre. C’est toi l’actrice. Mais je trouve que tu aurais pu m’en parler plutôt que me poignarder dans le dos comme tu le fais, là. Tu me donnes des idées, tu sais. Des envies de te rendre la pareille, de te faire très mal. Tu n’imagines pas de quoi est capable une femme trahie.

Moi si, j’ai même emmené mes ciseaux de costumière.