18 avril 2009

Ont déjà dit adieu...

Zigmund, Vegas-sur-Sarthe, Joye, shivaya-warduspor, Val, Poupoune, Tiniak, MAP, Teb, Captaine Lili, Plume Dame, Pandora, Martine27, Laura, Rsylvie, Papistache, Alice, Brigou, Virgibri, Tiphaine, Janeczka, MAP & Val, Tilleul, Akel, et puis certains plusieurs qui jouent une nouvelle fois parce qu'ils sont devenus boulimiques des adieux...

Devant le succès de l'aventure, nous allons donner, samedi, une première série  à 9 h 00, une deuxième à 12 h 00 et une autre — la troisième—  à 15 h 00  à 13 h00 et enfin une dernière (?) à 15 h 00.

Ça fait un peu star de  la scène qui refuse de partir et qui multiplie les concerts d'adieux, mais qu'y faire si, au défi  du samedi, le talent est dans la salle ?

 

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Consigne #57

Consigne volée sur le blog de Goutte.de.mer


   Père Noël.
t'as rien compris. C'était clair pourtant, je t'avais écrit :  "une nintendo lite". Pas difficile quand même, ça se trouve dans n'importe quel Leclerc!
     La prochaine fois, je demanderai direct à mes parents. Peuvent pas être plus bêtes que toi.
    signé : Mathis

   
   
Mon amour.
Tes nouveaux copains te plaisent? Ils sont très gentils avec toi? Tant mieux. Tu sais, le cyanure, c'était pas la peine, j'ai un cancer généralisé. Pour hériter, tu n'avais plus qu'à patienter trois mois. C'est dommage, n'est-ce pas?
    Ta Louloute.

   


Chère Maman
    Suis parti en Chine.
 

 

    Oui, t'es une championne.  

 

    Mais moi, je supportais plus Julien Lepers.



    Chère belle-maman
Je vous quitte, votre fils et vous. Lui, parce qu'il n'était jamais là. Vous, parce que vous étiez toujours là. Comme d'habitude, vous allez me dire que je ne suis jamais contente. Ben... si, bizarrement, maintenant, je le suis.


    Adieu
    T.T pas 1 Kdo
    signé : Noël

   
Adieu 75 B
    Le plastique a changé ma plastique, je te quitte mon petit soutif !
    signé : Lolo
 

 

 

Ah les lettres d'adieu en tous genres... Saurez-vous en écrire une?
Avez-vous remarqué que les lettres données en exemple comprennent toutes moins de 300 signes? Nous, on est généreux, on ne voudrait pas vous frustrer. Alors, on vous autorise jusqu'à 500 signes. Maxi!
Mais moins, voire bien moins, ça, ce serait un vrai défi, non?

Évidement, pour satisfaire tous les appétits, on peut jouer plusieurs fois.

Bonne semaine!


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Participation au défi 56 (Stipe)

C'était encore mon bureau. Mais plus pour longtemps, puisque j'étais en fin de bail et que McKelvey devait fignoler les derniers détails de mon expulsion. Vu que l'air conditionné avait rendu l'âme, il y faisait aussi chaud qu'en Enfer. Une mouche se traînait sous mon nez. D'une chiquenaude bien appuyée, je la rayai du tableau, et j'étais en train de m'essuyer les doigts sur mon pantalon quand le téléphone sonna.
Je décrochai.
- Mouais, grommelai-je.

- C'est moi, m'appris la voix. Je passe diner ce soir, je dois te présenter quelqu'un.

C'était toujours simple avec lui, pas de chichis. Du genre à te retourner une réponse positive au carton d'invitation que tu ne lui avais jamais envoyé.

Je passai à l'échoppe en bas pour m'approvisionner en vin. Pour la bouffe je pris des cacahuètes mais aussi quelques sandwichs, des fois que son quelqu'un ne sache pas se contenter d'arachides.

J'avais pas l'air, mais mine de rien ça me faisait plaisir de le revoir. Et puis sa voix avait été plutôt rassurante. Enjouée? Peut-être bien…

Il se pointa très tard, mais pas en retard étant donné qu'il ne m'avait pas précisé d'heure. J'avais été tellement surpris, au moment même où il avait franchi la porte, de déceler comme un sourire sur sa tronche ravagée par les excès que j'en avais oublié le quelqu'un en question. On s'était embrassés comme deux vieilles canailles et on s'était mutuellement assurés qu'on allait pas trop mal.

Puis il me désigna la raison de son invitation. Une espèce de putain pulpeuse tant que cadavérique, fagotée dans des haillons provocants. Son visage n'était que son propre reflet et manifestait aussi peu d'expressions que le paillasson qui lui servait de présentoir.

Alors il était venu pour ça, pour me montrer qu'il trompait Linda avec un rejet de la rue?

- Je te présente Lady Dess. Lady, je te présente mon vieil ami.

- Enchanté.

En réponse, un hochement de tête. J'avais bien fait de prévoir large sur le vin, j'allai en avoir besoin pour que cette soirée ressemble à quelque chose de plus gai qu'une veillée funèbre.

Comme prévu, en fait de diner on passa notre temps à vider une bouteille de whisky dans un premier temps puis quelques autres d'un vin français dans les temps suivants. La lady se contentait de tremper ses lèvres dans le verre qui n'était pourtant pas si crasseux que ça.

Charles me parla de lui, du fait qu'il se sentait vieillir, de son argent claqué aux courses, du relatif succès de son dernier bouquin. J'avais fini par en oublier la présence de quelqu'un, au point que je faillis ne pas même m'apercevoir quand elle s'était levée pour prendre congé. Sans même un signe ostentatoire de salutation, elle se dirigea vers la porte et juste avant de refermer celle-ci derrière elle, elle prit la peine de considérer mon existence.

- Au revoir. Nous aurons l'occasion de nous rencontrer à nouveau…, me murmura-t-elle dans une voix à mi chemin entre le rauque et le sensuel.

Puis elle s'éclipsa définitivement.

- Qu'est-ce qu'elle a ? je demandai. J'ai dit une connerie, je l'ai vexée?

- Elle avait sûrement une urgence, elle a des astreintes.

- Charles. C'est quoi cette putain que tu m'as ramenée?

Il nous resservit du vin et toussa la fumée de sa clope dans un crachat catarrhal.

- C'est ma nouvelle quête. Je l'ai dans le sang. Je ne pense plus qu'à elle. Je n'ai plus d'espoir et j'ai plus de soixante-dix années au compte-tours. Tiens, c'est elle qui sera l'héroïne de mon prochain bouquin. Tu comprends, Lady Dess je l'ai dans le sang, c'est ma dernière compagne.

On était tous les deux saouls comme des routiers et pourtant il me restait suffisamment de lucidité pour voir sur son visage cassé ce mélange de satisfaction et de mélancolie, de peur et de sang-froid.

On se finit au vin et à la cacahuète, à se parler de nos vies. Surtout de la sienne. Au moment des bilans il ne reste jamais assez de vin dans les verres pour faire passer le goût de l'amertume.

Il repartit raide bourré. Je ne le revis jamais.

Pulp, son dernier bouquin, raconte l'histoire d'un privé chargé par Lady Death, plus communément appelée La Faucheuse ou La Mort, de retrouver Louis-Ferdinand Céline afin de se "l'offrir".

Charles Bukowski avait tout juste terminé l'écriture de Pulp lorsqu'une leucémie l'emporta au royaume des poivrots. Par cette œuvre ultime, il signa son épitaphe d'une dernière pitrerie, donnant le premier rôle à cette Lady Death qu'il avait effectivement dans le sang. Sang-froid ou culot, il avait pensé à me présenter sa dernière compagne. De mon côté, j'avais pensé à oublier de lui dire que je l'aimais beaucoup.

Tu parles d'un dernier souper de cons…

Les premières phrases de ce texte sont des vrais zestes de Pulp.

 

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Le poète (Captaine Lili)

Il est arrivé en retard, le cœur au vent, les yeux ouverts sur tous les paysages… boissons, femmes et hommes compris. On ne donne pas rendez-vous à un poète, on l’attend seulement. C’était dans une rue, au cœur d’une ville de rêve. Ce sera comme quand on a déjà vécu : un instant à la fois très vague et très aigu… Ô ce soleil parmi la brume qui se lève !

Nous étions seul à seule et marchions en rêvant

Il m’a dit : « et les soucis que vous pouvez avoir sont comme des hirondelles sur un ciel d’après-midi, - Chère, - par un beau jour de septembre attiédi. »

Il disait aussi comme nous, les femmes, aimions sentir battre nos cœurs sous nos mantes à des pensers clandestins, en nous sachant les amantes futures des libertins, et comme Colombine rêve, surprise de sentir un cœur dans la brise

Il m’a dit « regardez ! Le ciel si pâle et les arbres si grêles semblent sourire à nos costumes clairs qui vont flottant légers, avec des airs de nonchalance et des mouvements d’ailes. »

Il s’est penché, à mon oreille a murmuré… « L’allée est sans fin sous le ciel, divin d’être pâle ainsi ! Sais-tu qu’on serait bien sous le secret de ces arbres-ci ? »

Il a déclamé : voici des fruits, des fleurs, des feuilles et des branches, et voici mon cœur, qui ne bat que pour vous. Ne le déchirez pas avec vos deux mains blanches, et qu’à vos yeux si beaux l’humble présent soit doux. Et puis : écoutez la chanson bien douce qui ne pleure que pour vous plaire. Elle est discrète, elle est légère : un frisson d’eau sur de la mousse !

Il a échappé une confidence… Je ne sais pourquoi mon esprit amer d’une aile inquiète et folle vole sur la mer. Tout ce qui m’est cher, d’une aile d’effroi mon amour le couve au ras des flots. Pourquoi, pourquoi ?

Parfois, sur une clef de sol impossible juchées, les notes ont un rhume et les do sont des la

Nous avons marché en silence puis il a repris « Va, sans nul autre souci que de conserver ta joie ! Fripe les jupes de soie et goûte les vers aussi. Les vers, c’est de la musique avant toute chose, et pour cela préfère l’Impair plus vague et plus soluble dans l’air, sans rien en lui qui pèse ou qui pose. C’est des beaux yeux derrière des voiles, c’est le grand jour tremblant de midi, c’est par un ciel d’automne attiédi, le bleu fouillis des claires étoiles. Oui, de la musique encore et toujours, que ton vers soit la chose envolée qu’on sent qui fuit d’une âme en allée vers d’autres cieux à d’autres amours. Que ton vers soit la bonne aventure éparse au vent crispé du matin qui va fleurant la menthe et le thym… »

Il y a lui, il y a moi et tout bruit s’apaise autour. A peine un vague son dit que la ville est là qui chante sa chanson, qui lèche ses tyrans et qui mord ses victimes ; et c’est l’aube des vols, des amours et des crimes. Caché sous les mots, le soir est venu.

La lune est rouge au brumeux horizon et s’en va la chanson amoureuse, la sérénade d’automne.

Dans le vieux parc solitaire et glacé, deux formes ont tout à l’heure passé.

Un papier froissé est resté :

Mes yeux mouillés de vent amer dans cette nuit d’ombre et d’alarmes sont deux étoiles sur la mer. Mes yeux joyeux dans le ciel clair par cette nuit sans plus d’alarmes sont deux bons anges sur la mer.

J’ai la fureur d’aimer.

Prince et princesses, allez, élus, en triomphe par la route où je trime d’ornières en talus, mais moi, je vois la vie en rouge.

* extraits de Paul Verlaine, Choix de poésies, éditions Grasset, coll. Les Cahiers Rouges.

 

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Vertiges (Virgibri)

_ Arthur… Je peux vous appeler Arthur ? J’ai passé ma vie à utiliser votre nom de famille, mais jamais votre prénom.

Il sourit vaguement. Je prends cela pour un consentement.

_ Honnêtement, je ne sais que vous dire. Vous êtes là, et… Je suis comme une adolescente, un peu dépassée.

_ L’adolescence…, murmure-t-il dans un soupir.

_ Oui, la vôtre a été quelque peu « agitée » d’après ce que l’on sait de vous…

_ Mmm.

Il se roule une cigarette. Je ne fume pas mais j’aurais presque envie de lui voir en rouler une pour moi.

_ Arthur… Je me suis toujours interrogée sur le Harar. Pourquoi ce choix ? Pourquoi l’Afrique ?

Il allume sa cigarette, avale longtemps la fumée et ferme les yeux. Je me sens terriblement cruche. Je décide de me taire. En fait, je ne veux le faire parler que pour découvrir chaque grain de sa voix.

La nuque légèrement en arrière, il recrache lentement la fumée et se met à parler.
J’écoute, hypnotisée. J’aurais envie de me distinguer, qu’il ne me trouve pas pesante ou bécasse, alors que je bois ses paroles.

Je ne sais combien de temps il a parlé. J’admire ses fines mains lorsqu’il garde les yeux fermés. J’ai hésité à sortir mon appareil photo pour le prendre dans cette position, abandonné.

Je souris.

_ Arthur, je sais que vous étiez intéressé par la photographie, là-bas…

Son œil s’allume encore plus. Et là, comble du comble, nous causons photo, Rimbaud et moi ! Je lui parle de mon envie de tout à l’heure de saisir ce moment incroyable. Il ne réagit pas. Je ne passe pas outre. J’aurais peut-être dû.

Je dois lui sembler bien fade. Je sens qu’il ne va pas tarder à partir, une fois que le vin sera fini…

_ Arthur, si je n’avais pas aimé les femmes, je sais que j’aurais cherché un amour masculin vous ressemblant…

_ L’amour…, soupire-t-il dans un souffle.

_ …

Je reprends quand même, quitte à être ridicule –comme on l’est toujours face à ses idoles.

_ Arthur… Vous avez été mon premier amour littéraire. Je ne comprenais grand-chose à douze-treize ans, et c’est la même chose aujourd’hui. Mais vous étiez une lumière insaisissable, un radeau poétique, une porte vers Ailleurs.

Silence.

_ Merci. Merci d’avoir été comme un trésor qui ne semblait appartenir qu’à moi. A vingt-et-un an, je me suis dit une seule chose : « Je ne serai jamais Rimbaud ». Je crois que c’est mieux ainsi.

Il écrase sa cigarette. Se lève doucement. Remet son col en place. Ce geste m’étonne.

Et puis, sans que je m’y attende, il passe sa main dans mes cheveux, et caresse ma joue. Il me regarde droit dans les yeux. Je frissonne. Il sourit. Il est magnifique quand il sourit.

_ Au revoir, Mademoiselle Arthur !

Il s’éloigne en riant, les mains dans les poches.

Je reste longtemps face à la bouteille et à la chaise vides.

New-York, 15 avril 2009, vers 16h30,

face à l’Empire State Building




                   


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Joyeux anniversaire Tristan (Papistache)

Les hologrammes projetés sur les nuages de la capitale, cet hiver, avaient marqué Chrystel. Pour l’anniversaire de Tristan, son compagnon depuis neuf ans, elle lui offrirait un tête à tête avec l’écrivain de son choix.
“AtouKlone® ressuscite, à la demande, de vos héros, les mannes et les cendres.”
Elle avait économisé ; l’imprimante avait sorti, ce matin, sur film d’algues, les mille pages du catalogue. Elle laisserait son mari effectuer son choix tout seul.

Tristan faillit s’évanouir.  Le voyage retour de sa journée de travail mensuel en orbite autour d’une des lunes de Jupiter — neuf jours — l’excitation de retrouver son épouse et la surprise du catalogue AtouKlone® firent vaciller ses jambes.

Chrystel appela le canapé et y fit s’assoir son époux flageolant. Ils feuilletèrent les pages de l’épais magazine. Tristan vouait une admiration sans bornes à la littérature archaïque. Il possédait même cinq ouvrages imprimés sur papier végétal, dont un du vingtième siècle. Maupassant. Il dinerait en tête-à-tête avec Maupassant.

Chrystel lui fit remarquer qu’un délai de trois ans et six mois était nécessaire pour tous les auteurs du XIXe siècle. Trois ans ! Voltaire, alors ? Inutile d’y songer. Un quart d’heure avec Voltaire atteignait la somme exorbitante de sept  bouilles. Sept bouilles ! ! ! Les salaires annuels cumulés du couple ne dépassaient pas la demi-bouille.

Léopold Sédar Senghor ? Chasse gardée des milliardaires chinois. Il fallut se reporter aux pages en 2D. Les écrivains à moins  de six cents fayards. Tristan, indécis, se laissa conseiller. Mireille Havet ! Pour quatre cent soixante quinze fayards, on pouvait passer six heures en compagnie de Mireille Havet et l’attente n’était que de deux heures : le temps du clonage et du transport.

Mireille Havet ? Tristan n’avait jamais rien lu d’elle. Sa compagne acheva de le convaincre en lui apprenant qu’elle avait été l’amie, la confidente du grand Guillaume Apollinaire, l’inoubliable auteur des Onze mille verges, son livre de chevet lors de ses premières missions autour de Saturne.

La porte s’effaça à l’approche de l’accompagnateur de la poétesse amie du grand pornographe. Ce dernier, comme Maupassant, était inaccessible à la bourse des deux tourtereaux. Mireille Havet fit son entrée. Un frisson la parcourut quand Tristan lui toucha la main mais son visage se détendit quand elle aperçut la silhouette de Chrystel sous le dôme de lumière de la serre exotique. Tristan signa, d’une arabesque du pouce droit, le récépissé de l’accompagnateur qui rappela qu’il s’annoncerait dans six heures pour raccompagner Mademoiselle l’écrivain.

Tristan connaissait des passages de l’œuvre d’Apollinaire par cœur, il brûlait d’en savoir plus sur la vie privée du poète. Sa conversation ennuya vite la jeune auteure. La société AtouKlone® avait choisi de la faire revivre à l’aube de son dix-neuvième anniversaire. Dans la gorge de Tristan, empressé, les questions se bousculaient. La langue vive de son épouse ne cessait d’humecter ses lèvres. Les yeux de Mireille Havet buvaient le moindre battement de cils de Chrystel.

Des fraises ! Elles avaient souhaité manger des fraises. Ensemble. Tristan s’exécuta. Sauter dans une rame express du métro aérien sans rails, rejoindre la base spatiale de la capitale, effectuer le voyage aller retour vers les jardins lunaires ne lui prendrait que trois heures à cette période de l’année. Pour vingt-cinq fayards, il rapporterait deux peulvens de fraises. Chrystel et Mireille Havet seraient comblées, d’autant qu’il leur restait un scribe de vin doux des collines dispersées.

A son retour, ses deux peulvens de fraises à la main, il constata que la pénombre régnait dans l’appartement. Trois heures, le voyage n’avait pas duré plus. Le jeune homme se dirigea vers la chambre dont la porte ouverte laissait échapper une douce lumière irisée. Comblées ? certes elles l’avaient été ; les deux jeunes femmes, dénudées, jambes enlacées, partageaient leur sommeil sur la couche maritale.

Deux peulvens de fraises arrosées d’un scribe de vin doux, n’était-ce pas, également, la manière de commémorer fort dignement un anniversaire ? Tristan, découvrant pour la première fois le gout acidulé des fruits parfumés, tourna lentement les pages du magazine d’AtouKlone® ; Chrystel fêterait l’anniversaire de sa naissance d’ici quatre mois et deux semaines. Quatre mois et deux semaines, cela lui laissait le temps de reconstituer leurs économies...

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Les patauds ivres (tiniak)

Des frugalités s’ajoutant les unes aux autres avaient fini par constituer notre copieux repas. Leurs reliquats nous encombraient le bout des doigts qui les titillaient compulsivement sans plus d’appétit, vraiment pas. Les fromages et les saucissons eux-mêmes ne prétextaient plus que nos verres fussent encore si bien remplis. Car nous ne buvions plus qu’aux fins de parfumer notre haleine bavarde, l’estomac bien assis, l’œil pétillant, une gauche mollesse au coude nonchalant.

 

Nous étions parvenus à ce moment du soir, qui se fait des manières d’alcôve, de boudoir, dans le frustre éclairage écharpé des bougeoirs, et prête aux confidences, aux délires, ou à certain espoir.

 

Et l’océan grognait, pas loin, au bout du long quai des clampins.

 

- Tu restes au rouge ?

- Ah, ça ! Je ne m’explique d’ailleurs pas que tes penchants anarchistes ne te portent davantage à certain intégrisme en la matière : le rouge, c’est notre affaire, à nous, les réfractaires !

- Ben, j’en bois, hein. Mais ça m’assomme.

- Attends ! Le blanc, sérieux, ça rend fou. C’est laid comme un col blanc, un blanc-seing, une vierge, même une belle…

- … Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelle… oui, oui.

- Ah, ne commence pas à me railler. J’ai écrit ça comme on chie un bon coup, voilà tout.

- Le saucisson.

- Pardon ?

- C’est le saucisson qui m’a converti au blanc.

- Ah… bon.

- Rouge alors ?

- Allez, verse !... "potache doué pour le canular", tu dis ?

- C’est ce qu’on a dit.

- Ouais… ça me va. C’est mieux que "génie adolescent", en tout cas (il s’esclaffe). Et de Paul ?

- Ah, Paul, c’est autre chose. Le privilège de l’âge, peut-être (nous gloussons) ?

(il s’étire) Ben, tu vois… il me plaît bien moi, ton sous-marin-sous-les-toits. Il a quelque chose qui me ressemble, non ?

- C’est pas un bateau, c’est un sous-marin !

- Oui, mais son capitaine lui aussi est ivre ; lui au moins (nous repartons à rire).

- La mer, c’est le large. C’est l’avantage.

- Ah oui ? Toi aussi t’as baisé ta mère en rêve ?

- Bwaah, t’es vraiment trop con, des fois (nous pouffons).

- Sans rire, t’y es passé aussi, non ? sur la mer dont le sanglot faisait mon roulis doux

- Oui, je me souviens d’un rêve étrange, mais pas pénétrant, en fin de compte.

- Riquiqui (il sourit) ?

- C’est ça, riquiqui (je souris).

- L’amère…

- Hein ?

- Non, je disais : l’amer-tume…

- Ah.

- Il en sue un peu dans tes vers, c’est ça qui colle bien avec ton optimisme aveugle et chimérique… et bordélique (il glousse) !

- Ouais, un vrai bordel aqueux (je glousse) ! Mais là, tu fais autrement plus bordélique que moi, quand même.

- Quoi ! La morale et la langue (…) réduites à leur plus simple expression, mon credo.

- On avait dit pas de gros mots (nous gloussons) !

 

Vint l’heure de s’aérer.

Comme lui bon marcheur, je le raccompagnais en faisant maints détours. Avec lui qui voyait très franchement une mosquée à la place d’une usine, une école de tambours faite par des anges, des calèches sur les routes du ciel, un salon au fond d’un lac, la nuit qui désertifie les bourgades, peupla de monstres et de mystères la petite ville portuaire où nous étions convenus de nous retrouver chaque fois que se ferait sentir le besoin de se faire voyant, par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens.

 

Avant de le quitter, de le rendre à son ombre, j’ai lassé sa chaussure.

- Eh ben, avec ce que tu tiens, à ton arrivée, pour sûr, tu vas te faire appeler Arthur.

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Apostrophes 1966 ( Joe Krapov)

- Ne faites jamais ça ! Inviter des écrivains. Je peux vous dire qu’ici, au café
du Vieux Saint-Etienne, on en a bavé avec ces gens-là ! Je sais bien qu’à Rennes
rien ne prend sauf le feu mais il faut bien avouer qu’avec ces artistes-là, on
est jamais trop aidés ! »

Le type, accoudé au comptoir, écoute « l’oncle » Camille Cinq-Sens qui essuie
ses verres au fond du café sauf que le décor n’a rien de sinistre et que la tête
du patron, un gros jovial un peu chauve,  prête plutôt à rigoler.

- Prenez Verlaine et Rimbaud, par exemple. Vous voyez le trou de balle, là ? Il
y en a un qui a tiré l’autre, enfin sur l’autre, ici même, dans mon rade qui
n’est même pas de Brest même s’il est du tonnerre. Et fallait surtout pas qu’on
fasse appel aux flics. Vous imaginez le contrôle d’identité ? Rimbaud et
Verlaine en 1966 ? Encore que la maison Poulaga, la poésie, les sanglots longs,
pour eux c’est tout le monde au violon ! Heureusement que les frères Park sont
des costauds : ils te les ont arraisonnés, les deux déraisonnables, et les ont
renvoyés, les badauds ivres, par-dessus les toits, en deux coups de cuillère à
pot et deux réglages de Tornado dans leur époque d’origine.

Euh, dites, au fait… Ce que je vous raconte là, n’allez surtout pas le répéter à
ma nièce, Isaure Chassériau. Nos petits tripatouillages avec sa machine à
voyager dans le temps, on fait ça dans son dos. Ca la fâcherait de savoir qu’on
utilise son joujou pour satisfaire nos curiosités intellectuelles,
Jacques-Henri, Jean-Emile, Agatha et moi.

Oh bien sûr, ce sont des soirées privées, entre amateurs. Chaque semaine on va
récupérer dans le passé ou l’avenir un ou deux énergumènes qui se piquent
d’écrire et ont eu ou auront, paraît-il, un petit succès d’édition. Mais moi
j’ai des doutes !

Le nommé Patrick Modiano, par exemple, s’il écrit comme il bredouille, je ne
pense pas que ça soit bien lisible, ses bouquins ! On lui avait réservé la place
de l’étoile, sous la balle de Verlaine, et on a eu la rue des boutiques obscures
avec lui ! Ali Charabia en personne !

D’ailleurs, les écrivains de l’avenir, on en est vite revenus, c’est rien que
chanstiqués et compagnie ! Prenez Amélie Nothomb, par exemple, on lui avait
préparé un repas sympa : elle n’a rien bouffé ! C’est une maladie qu’elle a
chopé petite, à cause des vêtements qu’elle portait en Inde, un anorak sikh, je
crois, ça a fait d’elle une méta-phtysique du tube digestif, elle a un sceptre
potoman de coincé quelque part, ça l’oblige à boire tout le temps, ça lui fait
le visage émacié, les yeux gigantesques et pousser des chapeaux ridicules sur le
sommet de la tête. Son séjour au Japon ne l’a pas arrangée : après nous avoir
causé un peu de ses péplums, elle a été prise, d’un coup, de stupeur et de
tremblements et elle est allée se planter à l’entrée des toilettes où elle a
réclamé un franc de droit de passage à toute personne dans le besoin de s’y
rendre ! C’est Agatha qui a dû s’y coller pour l’amadouer et la ramener dans le
bousin d’Isaure, direction le 21e siècle et ses 3,7 romans annuels. C’est pas
moi qui réclamerai de lire celui qui fait rien que 0,7 ! Quoique… Les plus
courtes sont peut-être bien les meilleures finalement.

Je vais vous dire un truc aussi : ça a fini par nous coûter une fortune ce genre
de sauteries ! Balzac, vous savez, çui qui a un cousin qui s’appelle Pilate et
une cousine qu’est tellement bête qu’elle croit voir Ulysse dans la vallée, vous
ne pouvez pas imaginer ce qu’il peut consommer comme café ! Proust, il paraît
qu’il vaut son pesant de madeleines comme romancier. Moi je veux bien, mais
alors, qu’est-ce qu’il peut en tremper, le cochon, dites donc ! On a bien rigolé
avec Rabelais mais ce salaud-là, il bouffe autant que Pantagruel et Gargantua
réunis. Et l’addition, il s’en fout du tiers comme du quart livre !

Non, nous on a arrêté avec les écrivains, Victor Hugo qui voulait faire du
spiritisme pour causer avec Napoléon, Lautréamont qui se croyait chez les Ch’tis
et voulait aller à la ducasse, ça va bien mais un peu, les caprices des stars du
stylo ! Le plus sympa, c’était le dernier. Il s’appelait Caran d’Ache. Joe
Krapov nous a expliqué que son surnom venait de « karandach » qui veut dire «
crayon » en russe. On n’imaginait pas, à voir sa barbe, ses longs cheveux, sa
carrure de rugbyman, que ça puisse être quelqu’un d’aussi raffiné et de délicat.
Un vrai artiste que Jurassic Park était allé nous dénicher dans le Sud-Ouest de
la France. Pas très connu en fait ou alors de manière anonyme. Il n’y avait ni
agents littéraires ni Galligrasseuil ni « le Masque et la plume » à l’époque. On
écrivait encore en hiéroglyphes, avec des petits dessins, des symboles, des
animaux. Et sur de la pierre. D’ailleurs le gars, quand il a décidé de faire
carrière pour commercialiser son code de la route, il s’est installé dans une
grotte, à Lascaux. Très gentil ce monsieur ! C’est avec lui qu’on a compris
qu’on faisait fausse route. « Dans l’écriture, c’est le crayon qui fait tout.
Pas de crayon, pas d’écrivain ! »  nous a-t-il dit en signant des autographes
sous ses caricatures de Bison futé.

Alors depuis, voyez-vous, on n’invite plus que des dessinateurs ou des peintres.
Ils sont beaucoup plus intéressants, beaucoup plus drôles, aussi. Jérôme Bosch,
par exemple, il n’a pas dessiné que des bougies pour les moteurs de 4 chevaux
Renault. Le douanier Rousseau, c’est comme dans le sketch de Fernand Raynaud :
il a beau être douanier, c’est loin d’être un imbécile !  Et Goya, quand il nous
a chanté son tube, « Bécassine c’est ma cousine », on a vraiment bien rigolé.
Trop too much !

Si vous voulez, venez donc samedi prochain. On aura Marcel Duchamp et Léonard de
Vinci. M’est avis que ça ne va pas être triste non plus !




       

 

 

               


   

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Les mots ne s’usent (Tiphaine)

Tout le monde n’a pas la chance d’avoir un écrivain dans sa famille.

Moi, j’ai cette chance.

Et cette malchance aussi.

J’ai grandi dans un monde de mots et de livres.

C’est beau les mots, c’est beau les livres…

Je peux louer ou inviter un écrivain le temps d’un dîner ?

C’est bien vrai ? !

Alors j’invite papa.

J’invite papa.

Je ne le loue pas.

Papa ne se loue pas. Il ne sait pas se louer.

Je le loue moi, pourtant…

J’aime ses mots. Sans ses mots je ne serais pas.

Ses mots m’ont faite.

Ceux qu’il a écrits, et ceux qu’il n’a pas dits aussi.

J’invite papa.

Il est assis en face de moi. Il est intimidé je crois. Il regarde son assiette d’un air qu’il doit vouloir détaché. D’habitude, il lui suffit d’opiner à tout ce que je dis, il me sait bavarde…

Au téléphone, mon jeu c’est d’essayer de dépasser la minute de conversation avec lui. Rarissime. En général, j’ai droit à trente secondes au mieux. « Je te passe ta mère. Bisous. »

En voiture, je parle, je parle, et il répond parfois. Tant que nous abordons des sujets culturels, la conversation roule toute seule, comme la petite auto. Nous ne nous sommes jamais fait flascher. Aucun danger. C’est ce qui n’est pas dit qui illumine, qui irradie…

Sur la photo que nous enverrait la gendarmerie, on verrait un père et sa fille derrière un pare-brise. Bouches fermées. On pourrait croire que nous ne disons rien.

C’est faux.

J’invite papa.

Il regarde son assiette. Il sourit parfois parce que j’essaie de le faire rire, j’aime bien quand il rit. Y’a son sourire qui s’échappe soudain de sa barbe…

Quand je pense à lui je vois un immense bureau en bazar, des feuilles griffonnées partout, une équerre en plastique sur laquelle il a inscrit « papa », un stylo relié à un fil parce qu’il en a assez qu’on le prive de ses outils…

Je me suis emparée du stylo qu’il ne voulait pas me donner.

J’écris pour qu’il sache que je l’aime puisque les mots qui sortent de ma bouche sont trop violents pour lui.

J’invite papa.Il ne partira pas avant que je le lui dise en face :

Je t’aime papa.

Il est gêné. Il se retire derrière sa barbe. Il finit par parler, quand même :

- Il ne faut pas trop dire ces mots là, sinon, ils s’usent…

Non, papa, certains mots ne s’usent que si l’on ne s’en sert pas…

Je t’aime papa.

Posté par Old_Papistache à 09:00 - - Commentaires [19] - Permalien [#]
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Invitation poétique (Poupoune)


Comme en sa prime heure, j'entends

le doux chant de l'ondine

vibrer tout contre ma poitrine

quand se mêlent à l'unisson

nos deux passions

 

C’est à la lecture de ces vers que j’ai su. Il me les avait adressés directement, alors fini de jouer l’oie blanche. On ne se connaissait pas. J’en avais le rose aux joues et le feu au ventre, mais ses poèmes m’étaient bel et bien destinés.

 

J’ai saisi l’invisible et sa taille fluide

m’a tout fait oublier de l’horreur et du vide

et de l'heure avancée.

J’ai saisi l’invisible et je l’ai tant aimé.

 

Tout ça me paraissait trop… beau, trop tôt.  

 

et je bois ce trésor, ton parfum, ce nectar

où logent les envies que nous aurons plus tard

à satisfaire encore

 

… que nous aurons plus tard à satisfaire encore. Envisageait-il de passer de la romance virtuelle à une vraie histoire dans la vraie vie ?

 

si je veux t'épouser, je le ferai d'un geste

si je veux t'embrasser, il suffira d'un mot

 

Trop beau, trop tôt.

 

et puis

dans l'affleurement de ce baiser, déjà vibre ma lippe emprisonnée par deux tendres et juteux délices déjà mes doigts qui t'apprivoisent le cou déjà mon souffle dans ton souffle tient, déjà nous

 

Ouuuuh la la.

 

Quand, à portée de vue, tu ne chanteras plus

nous nous connaîtrons nus, dans le jour

ma reine.

 

Je n’y tenais plus.

Allez, franchement, qui aurait résisté à l’envie de rencontrer cet amoureux-là ? Alors je l’ai invité. Et que de promesses pour cette rencontre…

 

déposer sur tes lèvres

de mon amour la sève

et ma vie et mon rêve

en profession de joie

 

Je le lisais, encore et encore, étonnée, émue à ne plus savoir comment le dire, impatiente de donner corps à cette drôle d’idylle.

 

une étoile si lente à fendre le cosmos

est allée se nicher sous ta paupière close

à côté de ton rêve où le mien s’assoupit

 

dans tes bras je repose et s’achève la nuit.

 

Je n’étais pas sûre d’être à la hauteur de toute la beauté qu’il m’offrait mais l’invitation lancée, plus question de reculer…

 

étrangement
ma vie, ma vie

tout ce désastre me ravit

manque m'en plus que je mesure

de notre amour la démesure

 

Il est venu.

 

On s’est découvert avec l’évidence de ceux qui se sont toujours connus.

Nos corps, nos regards, nos souffles semblaient n’avoir jamais existé que pour s’accorder l’un à l’autre.

On a connu des délices que je ne peux écrire sans en altérer la beauté.

 

Il est reparti.

Il reviendra.

 

je t'offrirai mon bras

pour entrer dans la danse

nouvelle, nouvelle et éternelle

qui toute résistance effacera

 

J’ai bien fait de l’inviter.

Posté par valecrit à 09:00 - - Commentaires [26] - Permalien [#]
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