Joyeux anniversaire Tristan (Papistache)
Les hologrammes projetés sur les nuages de la capitale, cet hiver, avaient marqué Chrystel. Pour l’anniversaire de Tristan, son compagnon depuis neuf ans, elle lui offrirait un tête à tête avec l’écrivain de son choix.
“AtouKlone® ressuscite, à la demande, de vos héros, les mannes et les cendres.”
Elle avait économisé ; l’imprimante avait sorti, ce matin, sur film d’algues, les mille pages du catalogue. Elle laisserait son mari effectuer son choix tout seul.
Tristan faillit s’évanouir. Le voyage retour de sa journée de travail mensuel en orbite autour d’une des lunes de Jupiter — neuf jours — l’excitation de retrouver son épouse et la surprise du catalogue AtouKlone® firent vaciller ses jambes.
Chrystel appela le canapé et y fit s’assoir son époux flageolant. Ils feuilletèrent les pages de l’épais magazine. Tristan vouait une admiration sans bornes à la littérature archaïque. Il possédait même cinq ouvrages imprimés sur papier végétal, dont un du vingtième siècle. Maupassant. Il dinerait en tête-à-tête avec Maupassant.
Chrystel lui fit remarquer qu’un délai de trois ans et six mois était nécessaire pour tous les auteurs du XIXe siècle. Trois ans ! Voltaire, alors ? Inutile d’y songer. Un quart d’heure avec Voltaire atteignait la somme exorbitante de sept bouilles. Sept bouilles ! ! ! Les salaires annuels cumulés du couple ne dépassaient pas la demi-bouille.
Léopold Sédar Senghor ? Chasse gardée des milliardaires chinois. Il fallut se reporter aux pages en 2D. Les écrivains à moins de six cents fayards. Tristan, indécis, se laissa conseiller. Mireille Havet ! Pour quatre cent soixante quinze fayards, on pouvait passer six heures en compagnie de Mireille Havet et l’attente n’était que de deux heures : le temps du clonage et du transport.
Mireille Havet ? Tristan n’avait jamais rien lu d’elle. Sa compagne acheva de le convaincre en lui apprenant qu’elle avait été l’amie, la confidente du grand Guillaume Apollinaire, l’inoubliable auteur des Onze mille verges, son livre de chevet lors de ses premières missions autour de Saturne.
La porte s’effaça à l’approche de l’accompagnateur de la poétesse amie du grand pornographe. Ce dernier, comme Maupassant, était inaccessible à la bourse des deux tourtereaux. Mireille Havet fit son entrée. Un frisson la parcourut quand Tristan lui toucha la main mais son visage se détendit quand elle aperçut la silhouette de Chrystel sous le dôme de lumière de la serre exotique. Tristan signa, d’une arabesque du pouce droit, le récépissé de l’accompagnateur qui rappela qu’il s’annoncerait dans six heures pour raccompagner Mademoiselle l’écrivain.
Tristan connaissait des passages de l’œuvre d’Apollinaire par cœur, il brûlait d’en savoir plus sur la vie privée du poète. Sa conversation ennuya vite la jeune auteure. La société AtouKlone® avait choisi de la faire revivre à l’aube de son dix-neuvième anniversaire. Dans la gorge de Tristan, empressé, les questions se bousculaient. La langue vive de son épouse ne cessait d’humecter ses lèvres. Les yeux de Mireille Havet buvaient le moindre battement de cils de Chrystel.
Des fraises ! Elles avaient souhaité manger des fraises. Ensemble. Tristan s’exécuta. Sauter dans une rame express du métro aérien sans rails, rejoindre la base spatiale de la capitale, effectuer le voyage aller retour vers les jardins lunaires ne lui prendrait que trois heures à cette période de l’année. Pour vingt-cinq fayards, il rapporterait deux peulvens de fraises. Chrystel et Mireille Havet seraient comblées, d’autant qu’il leur restait un scribe de vin doux des collines dispersées.
A son retour, ses deux peulvens de fraises à la main, il constata que la pénombre régnait dans l’appartement. Trois heures, le voyage n’avait pas duré plus. Le jeune homme se dirigea vers la chambre dont la porte ouverte laissait échapper une douce lumière irisée. Comblées ? certes elles l’avaient été ; les deux jeunes femmes, dénudées, jambes enlacées, partageaient leur sommeil sur la couche maritale.
Deux peulvens de fraises arrosées d’un scribe de vin doux, n’était-ce pas, également, la manière de commémorer fort dignement un anniversaire ? Tristan, découvrant pour la première fois le gout acidulé des fruits parfumés, tourna lentement les pages du magazine d’AtouKlone® ; Chrystel fêterait l’anniversaire de sa naissance d’ici quatre mois et deux semaines. Quatre mois et deux semaines, cela lui laissait le temps de reconstituer leurs économies...
Commentaires sur Joyeux anniversaire Tristan (Papistache)
Il est très très gentil, ce Tristan.
C'est très très bien.
TROP gentil ce Tristan partageur !!! Pourtant il a ramené sa fraise !!!
Une description époustouflante et very very Papistachienne dans son inventivité !
Moi , MAP, je maintiens le TRÈS. Un mari n'est jamais trop gentil. Si?
Rhoooo... (il est libre, Tristan?)
Valérie, bien sûr qu'un mari n'est jamais trop gentil mais pour ce cas précis je maintiens le TROP ! Eh voui !
à mon avis il va casser sa tirelire pour se venger à l'anniversaire de madame, le tristan!
gentil mari, qui gagne un voyage dans le métro aérien
finalement c'est Chrystel qui s'offre le cadeau d'anniversaire et les fraises sur le gâteau
J'aime beaucoup que cela soit du sci-fi. La fin, j'aime moins, mais si cela fait plaisir à Tristan, qui serions-nous pour lui en priver ? Après tout, c'est son anniversaire... ;o)
La fraise sur le gâteau d'anniversaire
Vous le savez Valérie, que les personnages de papier on les prend là, on les abandonne ici, on en fait ce qu'on veut.
Map, partageur, mais... revanchard. Merci d'avoir apprécié la peinture du décor. On oublie souvent les humbles artisans décorateurs.
Trop ou très, vaste débat MAP & Valérie.
Tiphaine, ainsi sera votre arrière-petit-fils, peut-être.
C'est ce que j'ai voulu faire sentir Poupoune. Mais qui lui conseilleriez-vous de choisir ?
Zigmund, vous avez bien lu le jeu de la dame. Habile, non ?
Merci, Joye, d'avoir signalé l'ambiance S-F que j'ai aimée décrire. Cela m'a procuré un petit effet dépaysant propice à peindre une scène un peu XVIIIe.
Cette fraise, comme une cerise sur le gâteau. J'aurais dû prénommer l'épouse de Tristan "Cerise". J'y songerai pour une prochaine réédition, Vegas-sur-Sarthe.
sutout pas george sand!!! verlaine peut-être?
Ah, la coquine !!!
Comment se faire plaisir avec le cadeau d'anniversaire de son époux....
J'y ai lu la vengeance en préparation, moi aussi... Verlaine, peut-être, mais ce louche individu est capable de séduire les deux !
J'opterai peut-être pour un très ennuyeux qui s'écoute parler...
On sent que vous avez pris plaisir à nous emmener dans un autre temps.
Des bouilles, des fayards, un canapé et une porte vivants... elle est superbe votre histoire!
La fin laisse imaginer une suite... La raconterez-vous?
Ah les femmes!
Mais en effet, on dirait qu'il ne va pas en rester là, Tristan...
On attend la suite!
vingt-cinq fayards ça fait combien en nrf ?
... mouais, pas sûr que j'y gagne au change. non, laisse comme ça, c'est aussi bien... comme d'hab'.
)
et réflexion faite : sous tes doigts, dans ta voix... l'est pas si triste en berne, l'art.
Délicieusement perverse, cette histoire de science-fiction aristocratique. Voilà ce que c'est que de s'intéresser aux onze mille verges plutôt qu'aux poèmes à Lou ! Maintenant il ne reste plus qu'à économiser pour offrir du temps retrouvé et un petit Marcel à sa douce (drôle de façon de faire des cadeaux dans ce monde là, Proust, ma chère !) ou, plus cher encore en provenance, dame, du temps jadis, un Villon en balade mais il parait qu'il a la langue bien pendue !
Quelle imagination!
J'ai trouvé les journaux de la dame sur alapage.
C'est bien comment? Bien de bien?
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