Il a l’impression que sa langue occupe toute sa bouche, et il peine à respirer. Elle est tellement grosse qu’il  ne risque pas de l’avaler s’il tombe inconscient. Sauf s’il la mâche avant. De toutes façons, ils ne le laisseraient pas leur échapper en s’évanouissant. Ils seraient vite là à le ranimer. En lui donnant des coups de pieds dans les côtes. Ou un seau d’eau glacée… De l’eau… Oui, ce serait tout à fait leur genre, lui balancer de l’eau glacée à la figure pour le regarder laper avidement les quelques gouttes au sol, comme un chien. Non, on traiterait mieux un animal, même dans ce pays. Boire…

Ils lui ont pris ses vêtements et il git nu dans sa pisse et ses excréments. Il n’a même plus la force de tenir accroupi et la hauteur de la cellule ne lui permet pas de se mettre debout. Au moins il n’urine plus, il n’a rien bu depuis… Combien déjà ? Sans fenêtre, c’est vraiment difficile de se rendre compte du temps qui passe. Il a tellement soif.


Ses lèvres craquelées lui font mal mais sans salive, il ne peut plus les humidifier. A quoi bon d’ailleurs? Il a peur de ne plus réussir à rentrer sa langue s’il la sort. Il pleut dehors. Un orage tropical. Il entend les gouttes qui martèlent la tôle ondulée du toit de sa cellule. Il boirait même de l’eau croupie…


Tantale !

En sept lettres. Supplice du bras trop court. C’est le mot qu’il cherchait. Quand il faisait ses mots croisés à la terrasse du café, juste avant que ces hommes ne l’emmènent et ne l’enferment.


Si au moins il comprenait ce qu’ils veulent de lui.