Très tôt chaque matin elle fuit vers la belle eau,
Elle court à perdre haleine pour jouir du sable blanc,
Bondit dans le crachin fin, vif et gai des flots,
Boit le sel de sa peine et sort en défaillant.
Ce matin, elle a ouï le cri d'un cormoran.
Quand elle voit l'oiseau, il est déjà trop tard,
La fiente a chu sans bruit et git bien mollement
Sur son nez qu'elle a gros; voyez le traquenard !
Pas le temps de dire « ouf », surgit un beau gaillard,
Le cheveu dru et gris, la jambe souple et forte.
« Est-ce donc de la schnouffe? » s'enquiert-il goguenard.
« Oh, c'est drôle, je ris ... », elle voudrait être morte.
Un fou rire plus tard, sa main sur son poignet.
« Enchanté, moi c'est Paul! », « Et moi c'est Virginie ».
« Tiens, comme c'est bizarre ... » « … ah bon, vous y croyez ? »
Et sa main sur l'épaule … elle est toute étourdie.
A l'aube chaque jour, ils vont vers l'océan,
L'oeil vif et plein d'amour nourrir l'oiseau farceur.
Ils rient de tout, de rien, même de leurs tourments,
Parce qu'ils savent bien à quoi tient leur bonheur.