Fanette — c’est ma fille— aime se nicher sur mes genoux. Elle a deux ans, trois ans, j’ai oublié.
Je m’étonne :
— Mais, mais, comment es-tu arrivée sur mes genoux  ? Je ne t’ai pas senti t’y glisser !
Fanette exulte. Désormais, elle va s’ingénier, des années durant, à surprendre son papa. Elle s’approche en catimini, le frôle, s’installe sur ses genoux et il s’ahurit :
— Mais, mais, comment es-tu arrivée sur mes genoux ?
Rires, caresses, câlins !
Le jeu se reproduit encore et encore.

***


Fanette a grandi, beaucoup, trop ! Un jour—elle a terminé ses études maintenant— elle évoque ces merveilleux souvenirs. Moi, quintuple imbécile, j’avoue que je surjouais la scène. Fanette accuse le coup ; elle y croyait encore !