J’avais eu envie de vous dire que je n’ai jamais rusé en amour. Jamais ! J’en étais persuadée jusqu’à ce soir. Pour moi, c’était clair, je n’avais jamais manœuvré de manière à me retrouver inopinément dans les bras d’un garçon. J’ai trop de retenue pour ce genre de chose. Et puis.. je n’y ai jamais songé !

Il ne faut peut-être jamais dire jamais, même lorsque ce « jamais » fait référence au passé.

J’ai foré profond, et j’ai trouvé l’or noir qui fera l’affaire. Malice souterraine presque inconsciente, en réalité. Mais, à bien y réfléchir, et avec le recul, la ruse s’apparente tout de même à une malice…hem … amoureuse ? Le mot m’égratigne un peu la gorge tout de même. Vous jugerez.

L’entreprise dans laquelle j’étais salariée employait une majorité d’hommes. Des jeunes, des plus anciens, des beaux, des moins beaux, des prévenants, des mufles… des hommes, quoi ! Beaucoup d’hommes… pour le peu de femmes que comptait l’effectif. On dira 5%. Pas plus.

J’y étais comme un coq en pâte. On peut même dire comme un coq dans la basse-cour. Un homme qui fréquente un univers d’hommes, il apprécie bien souvent l’exotisme d’une collègue femelle. Pas pour lui conter fleurette, mais simplement pour le dépaysement. Enfin, là-bas, c’était comme ça. Jamais je n’ai bu un café toute seule !

Mon chef (j’étais son assistante) n’avait que des besoins ponctuels (quand je dis besoins ponctuels, j’entends … des services d’une assistante, ne vous méprenez pas !). Aussi, j’étais assez libre de mon temps lorsqu’il était occupé, ou absent, ou qu’il n’avait tout simplement pas besoin de moi…

J’avais des consignes, bien évidemment, mais plutôt souples : moduler mon temps de travail entre les différents services selon les besoins.

Bureau d’études, service après vente, magasin, service commercial… j’avais le choix. Ou quasi. Aucun n’était vraiment débordé, aucun ne refusait mon aide non plus. Et puis du temps, je devais tout de même en accorder un peu partout, donc partager,  mais j’avais le choix du créneau horaire.

Eh bien, je ne vous dirai pas pourquoi j’estimais que les magasiniers étaient des gens vraiment très débordés à qui il fallait prêter main forte une bonne partie de la journée. 

Je ne vous dirai pas non plus pourquoi j’allais bosser « là-haut » chaque soir après seize heures et pas en milieu de journée.

Enfin, je ne vous dirai pas pourquoi je me suis portée volontaire pour l’inventaire alors que j’étais en congé.  Dix heures à compter des vis et des boulons, un trente et un décembre, quand on est pas obligée…c’est charmant…l’année suivante, j’ai récidivé.

Ne vous montez aucun scénario ! Je n’ai jamais attendu ni espéré quoi que ce soit de l’un d’eux (d’ailleurs, j’ai affiché un ventre tout rond là-bas, et ensuite je déposais un bébé chez la nounou chaque matin avant de m’y rendre). J’aimais juste leur compagnie, parce qu’ils étaient mes préférés.