Mon amour,

 

Mais où es-tu parti ?

Tous les jours, je scrute l’horizon brumeux de ma fenêtre triste  et espère en vain ton retour… Mais rien ! La mer reste vide de toute vie.

Le phare se dresse pourtant, serein, te montrant le chemin du retour. Ne vois-tu pas son faisceau rassurant éclairer ton naufrage… ?

De mon foyer douillet mais stérile, je ne vois plus qu’une barque esseulée qui attend, comme moi, qu’une belle âme vienne partager sa vie…

O mon amour, voilà trois jours, trois semaines, trois ans déjà que tu as disparu. Mais je ne t’oublie pas. Tu as quitté ma vie un matin pour une simple promenade. Et depuis, je suis devenue une de ces femmes de marin qui erre sans but, dans l’espoir vain de ne pas avoir perdu l’être aimé.

Ce matin, quelques fleurs ensoleillées me cachent l’horizon. Est-ce le signe d’un renouveau ? D’un printemps plus heureux ? D’une renaissance pour moi ? Pour toi ? Pour nous ? Je n’ose espérer. Mon  cœur se soulève, toujours prompt à lire des signes d’un destin plus …

Mais au loin, une épave surgit, traînée par une remorque rouillée qui rentre au port. Je reconnais au premier coup d’œil la proue de ton navire disloqué et m’écroule face à cette vérité si longtemps repoussée.

Si renaissance  il doit y avoir, ce sera sans toi, malgré toi…

Alors je t’écris cette dernière lettre pour sceller un adieu qui patiente depuis trop longtemps. Adieu, mon amour. Nos routes se séparent à jamais dans les profondeurs de ton océan.  Adieu…  Tu es parti, je le sais maintenant, mais pour des cieux où je ne pourrai te rejoindre… Pas si tôt…  Adieu mon amour…