Je suis le chef.

Je mène la danse, et les choses à la baguette (une seule). J’accepte rarement des co-réalisations.

L’organisation du lieu permet, favorise même, la présence de spectateurs. Cela ne me dérange pas, un léger trac tout au plus  pour les avant-premières, si je ne connais pas bien les invités. D’ordinaire il m’est agréable d’opérer et  bavarder de concert.


J’improvise  la plupart du temps  les prestations quotidiennes. Mon mari n’a pas des horaires de travail réglés comme du papier à musique. Pour pallier ses retards fréquents  ou son manque de temps,  j’ai adopté une grille harmonique pour  réchauffer ou reprendre la cuisson  au moment voulu.

Cet époux est toujours content, standards maintes fois servis ou morceaux bas de gamme ne le contrarient pas.

Et puis… et puis,  il y a les grands jours ! ... Les jours où je dois préparer pour  la salle comble. Les jours où il faut ranger planche à laver et scie musicale, agrandir les tablats, ajouter des strapontins.

Je m’active, tambour battant !

Dés le matin, toute la journée, je cuis le pain hautbois, je bombarde des viandes, je passe des légumes à la guitare  et  je transforme des œufs en neige blanche à la batterie électrique.  Je compile recettes et partitions.  J’essaie de suivre un  programme.  Je choisis  les hochets, harmonise le  métronome  principal avec un accompagnement.

J’abaisse des pâtes au diapason, j’aromatise d’un piccolo, j’assaisonne ma non  troppo  !

Les heures tournent, maintes choses restent à faire, je branche  mes amplificateurs de  mouvements. Quand les steel-drum commencent un peu trop  à valser, mon mari intervient et vient m’aider.

<< piano, piano…. On va  y arriver ! >>

Alors,  allegro je calando le fromage et giocoso  je prépare le  dessert.

<< cheri …. et si j’essayais un opéra ? >>