Eine Kleine Nachtmusik Allegro - Various


La radio, dans le fond, jouait un air connu.

Dorothea pensait a ce tableau qu’elle n’arrivait pas a achever.  Il la tourmentait, l’empechait de dormir... elle n’arrivait pas a penser a autre chose. Et pourtant, plus elle y pensait, moins elle avait d’idees pour le finir. Ce tab leau l’obsedait.

 

Machinalement, elle ramassa pres de l’escalier une poupee que sa niece avait laissee derriere elle quelques heures plus tot. Sa niece lui ressemblait tellement, avec ses longs cheveux noirs, ses yeux voiles de mystere. Elle en etait fiere. Peut-etre, un jour, serait-elle elle aussi une artiste aux visions hors du commun.

 

Son regard se posa sur les champ de tournesols de ses voisins. Avec la chaleur de cet ete-la, ils avaient enormement pousses, trop, meme. Elle avait toujours trouve etranges ces fleurs qui se mouvent avec le soleil, un peu comme par magie. Combien de fois s’etait-elle perdue dans un champ comme celui-la ? elle avait oublie. Le bruissement des feuilles qui se refermaient derriere elle et la taille plus qu’imposante des fleurs l’avaient toujours fascinee, sans qu’elle sache vraiment pourquoi.

 

Assommee par la chaleur, ereintee par tant de nuits blanches, elle s’assoupit sur le canape en laissant la radio lui faire oublier la guerre.

 

  * * *

 

Dorothea se reveilla dans son lit. Elle etait tellement groggy qu’elle n’eut pas le temps ni la presence d’esprit de se demander ce qu’elle faisait la. L’air de Mozart jouait encore, mais cette fois tellement fort que les murs en tremblaient et se lezardaient par endroits. Elle cru que la maison allait s’ecrouler d’un moment a l’autre.

Elle ouvrit la porte de sa chambre lentement, avec apprehension. Une vision chaotique l’attendait.

Plus loin, sur sa droite, la poupee de sa niece se reposait contre le chambranle d’une porte, a moitie deshabillee, visiblement accablee par la chaleur et la fatigue. Une poupee, fatiguee ? encore plus etrange, elle paraissait aussi legerement reveuse. Elle tenait dans sa main un petale de tournesol.

En haut de l’escalier, en plein milieu du pallier, se tenait un tournesol geantd’un jaune lumineux, qui la mettait mal a l’aise.  Les tiges de la plante, telles des tentacules, partaient en direction d’une version plus agee de sa niece, laquelle regardait la fleur d’un air courrouce. Ses cheveux etaient litteralement dresses sur sa tete. L’electricite dans l’air etait quasiment palpable.

 

  * * *

 

Dorothea se reveilla d’un bond. Elle regarda autour d’elle d’un oeil inquiet. La nuit etait tombee. Elle reprit son souffle et ses esprits, puis sourit mysterieusement.

 

Elle pouvait enfin achever son tableau.

dorothea