Bonjour, Arthur Guimpoix. Candidat n°157

   - Monsieur, prenez place et montrez nous ce que cache cette boîte

  Le jeune homme frêle remonte ses lunettes et ouvre un carton. Il en sorte une boîte métallique avec une manivelle

  Il s’éclaircit la voix et annonce d’un trait:

     - C’est une boîte à poésie on met des mots dedans on ajoute le style vers libres ou alexandrin sonnets oulipo hexamètres rimes croisées allitération anacoluthe et on tourne la manivelle…

  Il s’interrompt et chuchote quelque chose. Dans un crac métallique, il actionne la poignée. Un bout de papier lilas sort comme par enchantement. Il la tend aux trois juges.

     - Ah !

S’exclament, décontenancés, ces trois derniers.

     - Essayez !

Réplique l’inventeur.

Et il tend l’engin à un vieillard chenu. Celui susurre quelques mots, attrape le papier et lit attentivement. Il lève les yeux

     - Et la musique, jeune homme, et la musique ?

Le candidat sourit imperceptiblement et ajoute avec la gaité d’un enfant qui a devancé un adulte.

     - Monsieur est un puriste. Mais… j’y ai pensé. Ici, vous pouvez préciser le mouvement : lento, cantabile, pizzicato et même chuchoter une mélodie.

Devant la mine sceptique de ses vis-à-vis, il ajoute :

     - Et là c’est pour les couleurs. Là, les odeurs. Les arpèges du toucher se déclinent ici.

Dit-il en indiquant un endroit à la base du cylindre.

Le vieillard réessaye. Lit le papier en silence. Puis à haute voix.

Le jeune homme ajoute :

     - C’est un petit programme statistique ; il n’y a rien de mystérieux là-dedans. Des formules, des mercuriales, des dérivés… Et quelques hypothèses.

Le vieillard soupire :

     - Vous avez raison, il n’y a rien de magique dans le hasard mathématique qui a réuni ces mots. Pas le moindre supplément d’âme…

Il se tait un instant, le regard perdu dans le vide avant de s’enflammer.

     - Vous vouliez changer le vil métal des chiffres en poésie. Vous êtes un alchimiste de la plus belle eau. Pourquoi pas ? J’aime les âmes brûlées, les quêtes vaines, elles écrivent l’histoire. Je prends !