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Le défi du samedi
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27 septembre 2008

Défi de Lou

« Dis grand-père, c’est quoi la pièce en fer qu’il y a dans la vitrine de ta chambre ? »

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- Oh, ce n’est pas n’importe quelle pièce ; c’est une très vieille pièce ; elle vient de Chine. Elle a une très grande valeur ; à mes yeux elle est encore plus que ça…

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« Oh racontes moi papy, dis moi…c’est quoi cette pièce ? »

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- Tu sais c’était il y a maintenant bien longtemps et je m’en souviens comme si c’était hier : Je n’ai jamais beaucoup fréquenté les musées ou autres lieux culturels mais par contre j’ai toujours aimé la culture asiatique. Il se trouvait qu’en 2008, il y avait une exposition à Paris, à la Pinacothèque, sur l’armée de soldats du premier empereur de Chine.

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Je n’ai jamais beaucoup aimé prendre les transports en commun mais pour y aller, il me fallait les utiliser ; pourtant je ne sais pas pourquoi, cette exposition m’attirait. Ni une ni deux, me voilà dans ces métros puants pour me rendre du côté de La Madeleine pour trouver cette fameuse Pinacothèque.

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L’exposition se situait dans un lieu plutôt petit, je voyais ça bien plus grand ; mais dès l’entrée dans la salle, je fus de suite subjugué par des soldats faits en terre cuite qui semblaient tout droit sortis de l’histoire… je ne faisais qu’à peine attention aux autre visiteurs qui s’empressaient autour de ces statues. De plus, lorsque je payais mon entrée, on m’annonça que puisque j’étais le 10 000ème visiteur, j’aurai droit à une surprise…Moi qui n’ai pas une chance exceptionnelle, je me retrouvais au milieu de cette histoire asiatique l’esprit en ébullition, me demandant quelle serait cette surprise, et les yeux comme ceux que tu fais lorsque tu t’arrêtes devant quelque chose qui te plait…

Toute l’exposition présentait non seulement les fameux soldats de terre, mais aussi tout ce qui entourait cette grande civilisation qui donna naissance à la Chine. On pouvait y admirer l’art de cette époque, art particulièrement mis en évidence dans tout ce qui avait trait au culte des ancêtres par exemple.

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Aussi, d’espace en espace, de vitrines en vitrines, j’absorbais avidement tout ce que je pouvais apprendre sur ces civilisations qui me fascinaient.

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« Oui papy ; mais la pièce, c’est quoi la pièce ? »

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- J’y viens mon petit … Cette pièce est une pièce de monnaie ; oui, tu as bien entendu. Et c’est cette pièce que j’ai choisie comme cadeau, car en fait la surprise qui m’était réservée était de pouvoir choisir parmi les éléments exposés à la Pinacothèque…

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« Mais elle est moche ta pièce papy ; elle est toute vieille et toute moche.. »

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- C’est vrai qu’elle est très vieille, et très laide ; elle ne ressemble pas à ces pièces d’aujourd’hui ; mais je vais te dire pourquoi j’ai choisi cette pièce plutôt que tout autre objet : Lorsque je regardais les nombreuses vitrines, j’ai pu contempler certaines pièces de musée très ouvragées, d’autres plutôt grossièrement travaillées ; mais qu’importait, j’avais devant mes yeux des siècles d’histoire et rien que cela faisait prendre à toute cette collection un aspect presque irréel mais de toute beauté.

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Pourtant, alors que je restais en admiration devant un vieux moule qui servit à fabriquer cette fameuse pièce, de l’autre côté de la vitrine, l’espace d’un court instant, il me sembla apercevoir deux yeux qui croisèrent mon regard. Plus que de les voir, je ressentis leur présence…tout d’abord mal à l’aise (je pensais avoir rêvé, emporté comme je l’étais par ce tourbillon d’histoire), je restais un peu plus à admirer cette pièce que tu as vu dans ma vitrine. Et cette fois, je me rendis compte que je n’avais pas rêvé : ces yeux regardaient la même chose que moi mais croisaient mon regard aussi subrepticement que je pouvais le faire de mon côté.

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Dans la pénombre de l’exposition et malgré les quelques reflets dans la vitrine, je pouvais voir à quel point ce regard était clair et beau ; je n’ai jamais vu des yeux d’une telle intensité, ce genre de regard qui semble sonder jusqu’à l’âme tout en offrant une compréhension presque palpable…

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«  Ça veut dire quoi tout ça papy ; c’était quoi ces yeux ? »

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- Et bien, mon petit, ce regard est celui de la personne qui éclipsa jusqu’aux bijoux d’émeraudes exposés ce jour là ; ces yeux sont ceux de la personne qui fut pour moi comme une renaissance ; ces yeux mon petit, sont ceux de ta grand-mère ; et ces regards échangés à la Pinacothèque furent les premiers que nous échangeâmes.

Depuis ce jour où nos vies se sont croisées au travers de cette vitrine où trônait cette petite pièce, nous ne nous sommes plus quittés. Voilà pourquoi j’ai choisi cette pièce, mon enfant ; parce qu’elle a traversé les siècles pour me faire rencontrer ta grand-mère.

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« Elle est belle papy ta pièce……… »

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Plus tard, j’aimerai pouvoir être ce grand-père….

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Commentaires
A
Ca te ressemble cette histoire... Je te souhaite d'être ce grand père un jour...
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M
Trop mignonne cette histoire
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J
Le souhait de la fin, c'est la meilleure oeuvre de toutes.<br /> <br /> Bravo pour ton texte !
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P
Ouf ! Il aurait croisé le regard sur le Pont des Soupirs... il aurait fait des jaloux.<br /> <br /> Votre titre c'est une contrepèterie. C'est voulu ?
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J
Tout doux, comme les rapports grand -père /petit enfant.
Répondre
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