Ce matin, il se réveille d’humeur morose. Regrets du passé, des échecs, des rêves avortés. Goût amer de vague culpabilité. Comme hier et avant-hier. Et demain sera de même. Qu’importe ! Il a son fidèle antidote.

Mais sa boîte à petits bonheurs est vide aujourd’hui. Il s’en souvient maintenant. Il en a pris hier le dernier reflet en notant mentalement de se réapprovisionner pendant la journée. Mais le quotidien a effacé de sa mémoire le souvenir de cet achat dont pourtant sa sérénité dépend.

Il se précipite chez le marchand mais trouve porte close. Bien sûr, c’est dimanche ! Que faire ? Frapper chez son voisin ? Mais c’est avouer qu’il ne peut s’en passer de ses petits bonheurs, qu’il ne peut vivre sans eux, que chacun de ses jours en dépend, que ce sont eux qui le tiennent debout.

Eperdu, désespéré, il en perd la tête et les sens. Seul, tout seul, il arpente la ville, sans but.

Et, dans son errance, peu à peu, du fond de sa solitude, il comprend. A sa mémoire remontent tous les souvenirs qu’il n’avait su préserver et chérir, qu’il n’avait su qu’oublier et enfouir. Tous ces petits bonheurs si proches, si chers, si tendres : un sourire, une main offerte, des amis réunis. Il en comprend soudain l’indicible valeur. Et plus grand trésor encore : il comprend qu’à lui seul appartient la force de transcender le quotidien, de retrouver, de générer, régénérer ces petites joies de tous les jours. Ces petites joies qui font un grand bonheur. C’est dans son cœur que naîtra le soleil.

Il rentre chez lui, met la boîte au rebut et s’envole.