21 juin 2008
La petite mort (Papistache)
a douche cessa de couler ; sous sa couette lilas, les membres alanguis, Pimprenelle n’osait bouger, savourant les derniers ressacs des orgasmes qui l’avaient menée aux portes de cet état qui sied tant au teint des amants.
uspendue entre terre et ciel, elle se revit, la veille au soir, alignant méticuleusement, sur la planche blonde de son bureau de fortune, ses pinceaux, crayons et pastels. Elle renonçait ; la noire adversité l’avait emporté, son inspiration la fuyait depuis trop longtemps.
lle avait voulu longer les quais de la glauque Garonne, une dernière fois. Vaincue, elle accepterait le poste d’hôtesse pour la promotion des Vins de La Loire, blancs, rouges ou rosés. Adieu la Ville rose ! Les toits gris de Tours la lointaine lui offraient le gîte et le couvert.
enchée au dessus du parapet, elle avait longuement regardé couler les sombres flots qui charriaient ses vertes espérances. Elle ne serait pas l’aquarelliste aux nuances irisées qui révolutionnerait l’art du XXIe siècle.
’astre de la nuit n’en finissait pas de rassembler ses mille éclats dorés palpitant à la surface du fleuve. Derrière elle, une voix solaire l’avait fait tressaillir :
— Eh ! j’ai un jean blanc, je ne voudrais pas le pourrir en sautant dans la baille pour te repêcher !
es joues avaient viré au pourpre ; elle avait ri de la méprise.
—
e ne noie que mes illusions, avait-elle souri, croisant un regard topaze qu’un rayon de lune révélait.
**
a moquette grège était jonchée de cent esquisses crayonnées d’un geste sûr ; peut-être les meilleures sanguines qu'elle ait jamais produites. Cependant, des pas mouillés se dirigeaient vers la chambre et, dans la lumière argentée que les contrevents laissaient fuser, une silhouette se figea.
’eau ruisselait sur le corps nu et ambré. Pimprenelle, ses yeux pers mi-clos, entrevit les courbes épousées, tant du pinceau que des lèvres, au cours de la nuit.
’un geste lent, son modèle ôta le crayon turquoise, cueilli en sortant du lit et fiché dans un chignon approximatif. L’odorante chevelure brune retomba sur les épaules de la jeune femme dont les formes tapissaient les feuillets éparpillés par la douce lutte nocturne dont nul ne pourrait empêcher l’imminente récidive.
Commentaires
Whouahou...
C'est sensuel!
Et puis, c'est... inattendu!
Magnifique!
J'applaudis bien fort.
Surprenant!!
Ah, sacre Nicolas!! :P
Wouaow... c'est beau..j'en frissonne...
un tableau à l'aquarelle... bravo Papistache..
Moi aussi j'y suis revenue encore une fois!
Vraiment excellent, Papistache!
On se laisse bercer par le ressac de cette nuit... Source d'inspiration pour le personnage et l'auteur ! Mais pourquoi une fiction ?!... ça ne vous est jamais arrivé ?!!!
Toutes les nuits blanches n'ont pas la même couleur !
Arc en ciel pour nuit blanche,
idées noires en partance!
Joli texte, fluide et lumineux.
Elle est belle cette histoire ! tout en poésie.
Je l'ai lu deux fois déjà ...
Poétique et sensuel
Très joli !!! Et j'adore la signature.
Sandrine et Tilu se sont associées pour m'envoyer un crayon à la mine de quatre couleurs.
Je me devais de les remercier en utilisant le bel objet.
Ce texte (de fiction, car je ne suis ni fille, ni jeune, ni nue en sortant de la douche, ni aquarelliste, ni gay, ni vaincue par l'adversité, ni prompte à me laisser séduire ) m'est venu doucement et, comme je l'ai déjà écrit, je l'ai poli (mais c'était facile, la peau des jeunes femmes était douce)et repoli.
J'ai aimé dessiné les lettrines, le crayon de Tilu/Sandrine n'attendait que cela.
Merci de votre regard de lectrices (accessoirement lecteur, exceptionnellement lecteur"s") toujours aussi chaleureux.
Je suis vraiment content de ce texte, je crois que c'est le plus sensuel que j'aie jamais écrit, ici ou ailleurs ! Un défi gagné grâce à l'esprit des défis du samedi. Merci Val et Janeczka.
Une texte poétique poli tout en douceur commme la vague caresse et re-caresse ses galets jusqu'à les rendre lisses comme des dragées ...
Je viens seulement de découvrir que l'on peut voir de plus près les lettrines si joliment décorées.
Quelle précision dans le geste arrondi de ces boucles !
Le crayon en question a trouvé un bon maître.
OH ! Voilà une bien belle scène d'atelier... J'aime tellement que je ne sais pas quoi dire...
Je suis passée et repassée sur ce samedi...
Sans mots....
Et puis, complété par votre commentaire, cette fois me vient le mot "tendresse"...
Ou plutôt.. complicité tendre....
Voilà l'impression qui traine dans ma tête ce matin... une complicité tendre et respectueuse qui serpente entre vous et vos lectrices (on enlèvera le tendre pour Walruss) .....
J'aime les auteurs qui savent changer de registre, bravo.
- Wouahou ! Je suis d'accord aussi !" dit le loup de Tex Avery. Une rencontre superbe narrée en quelques lignes élégantes. Un instant de doute qui débouche sur d'autres certitudes. Et les lettrines sont superbes.
P.S. Avec les lettres de Toulouse on peut écrire "toute seule". Avec les lettres de Tours, non !
Merci a vous *sourire*
Poétique, joliment écrit...
Très joli, en sensualité et en volupté, avec une chute très inattendue mais qui n'en donne que plus de relief encore à l'ensemble, le petit côté pimenté ;-) Bravo
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