Ce matin là, il faisait froid, mais quelque chose me trottait dans la tête depuis mon réveil. Soudain, en passant devant mon magasin de lingerie, je me souvins enfin de ce que je cherchais tant, en vain. J'avais, par inadvertance, oublié mon entretien d'embauche. Je n'avais plus qu'une demi-heure pour rejoindre mon rendez-vous. En arrivant sur les lieux, des questions tournoyaient dans ma tête. L'endroit était désert, seule une vieille voiture était garée à l'entrée de l'entrepôt. Je m'avançai doucement et aperçus un homme aux cheveux hirsutes et au teint très pâle. Ce dernier m'invita à m'asseoir près de lui et se présenta.

— "Je me nomme Mr Ravenscar, votre CV m'a donné envie de vous rencontrer, soyons honnête mademoiselle, votre CV est particulièrement vide."
Je lui répondis:
— " Je sais Mr Ravenscar, mais..."
Il m'interrompit et dit :
— "Je n'ai nul besoin d'excuse. Si vous êtes là, c'est simplement parce que je vous trouve audacieuse. Comment avez-vous pu imaginer un instant qu'une société de notre standing puisse recruter quelqu'un comme vous ? Et pourtant, vous avez eu l'audace de m‘envoyer votre CV. Par respect, je vous reçois."
Je ne savais plus où me mettre. Son regard et son air hautain me pétrifiaient, j'étais mal à l'aise. Je voulais me lever, faire demi-tour mais mon corps ne réagissait plus. Soudain, il me regarda avec un air plus mystérieux. Que recherchait-il ? Pourquoi m'avait-il convoquée ?

Et c'est à ce moment là, que tout devint clair dans ma tête. Il allait se dévoiler. Il me regarda de la tête aux pieds puis, d’un air songeur, me dit:
— "Vous avez le poste, mademoiselle, mais sachez qu'il y a une condition."
Surprise, je le regardais les yeux écarquillés. Que signifiait toute cette mise en scène ? Au bout de quelques secondes, qui me parurent une éternité, il s'exprima enfin:
— "Il faudra que vous achetiez un chien et que vous le promeniez tous les soirs à 18h dans le grand parc. C'est impératif. Il faut absolument être à l'heure, tous les soirs, à 18h pile, pas moins une ou plus une, à 18h !"

Je ne comprenais pas, mais je vis dans son regard qu'il ne fallait pas poser de questions si je voulais le poste, donc j'acquieçai de la tête. Il me fit un signe comme quoi je pouvais disposer. Je me levai de la chaise et dit :
— " Je vous remercie de votre confiance, mais quand dois-je commencer ?".
Il me regarda, ahuri par ma question, et me dit :
— “ Je vous appellerai lorsque vous aurez votre chien et que vous l'aurez sorti à l' heure convenue.”
Je me détournai de lui lorsqu'il me rappela pour me dire:
— " Il faut un caniche ! "
Mon air surpris le fit reprendre :
—  " Vous devez vous approprier un caniche ! "
Je le saluai et rentrai chez moi, fière malgré les circonstances, d'avoir trouvé ce poste.